Heureuse découverte d’un réalisateur dont je n’avais pas vu les films précédents. Ici, c’est du grand classique, très soigné, un beau film en costumes, comme on les aime.
Mais surtout la langue qui y est parlée est sublime, par son élégance, mais aussi par la vivacité des répliques. Diderot a inspiré cette histoire (*Jacques le fataliste) et le spectateur la suit avec plaisir, intérêt même, lorsque le féminisme vient sous-tendre certaines attitudes, certaines motivations évoquées dans le cours de l’histoire. Il est vrai que la Régence de Louis XV est une période de libertinage maintes fois déjà labourée, avec en référence insurpassable, Les liaisons dangereuses qui semblent avoir certains liens de famille avec ce scénario. Il est bien construit, même si l’on ressent certaines complaisances, certaines longueurs et parfois quelques maladresses. En particulier dans le manque de maîtrise du temps qui passe. Certes, les passages « au noir » marquent, comme des chapitres, les époques successives, mais c’est insuffisant pour prendre conscience de l’écoulement du temps. Et l’unité de « lumière », la saison unique, printanière, estivale, induit la sensation que tout cela se passe le même été, dans une belle propriété. Propriété qui, en intérieur, limite un peu les ambiances qui deviennent à force, répétitives.
Les beaux et longs mouvements de caméra semblent une caresse de l’œil sur ces personnages qui en inspireraient de bien plus intimes.
Personnellement je trouve Édouard Bear excellent acteur, mais d’une modernité maladroite : barbu, comme c’est la mode au-jourd’hui, et habillé d’une façon faussement bohème qui cadre assez peu avec son rang et l’imagerie de l’époque.
Cécile de France elle, est absolument sublime de finesse, de richesse d’expression, de beauté. Et tous les autres rôles sont très élaborés, élégants. L’image est délicatement surexposée, ce qui donne une ambiance laiteuse subtile, une sorte de légèreté qui sied bien à l’époque. La musique abondante, utilisée de façon théâtrale, n’a peut-être pas fait l’objet d’une sélection très élaborée.
Mais dans l’ensemble, le plaisir de voir d’excellents acteurs dire des textes d’une rare élégance, dans de beaux décors avec des costumes de belle allure suffit à assurer un moment très plaisant et qui amuse. Mais cela, c’est le scénario dont je ne dirai rien.