Un film d’exception, à tous égards. Le personnage central est Oscar Wilde dont on connaît plus ou moins le destin tragiquement symbolique de l’artiste, poète, homosexuel et victime expiatoire du puritanisme victorien. Nous sommes plongés dans un récit qui n’est pas chronologique mais dont l’agencement adroit permet d’éclairer chaque fois le spectateur sur la suite de la narration. Il y a un joyeux désordre apparent dans la construction du film qui fait subtilement écho au chaos de la vie de cet homme flamboyant qui a vécu un destin insaisissable, irréductible à la raison. Ce pourquoi, sans doute, il est encore une telle source d’inspiration.
Et ce film est très inspiré. Jamais didactique, jamais explicatif. Comme en poésie, les séquences sont des « propositions » faites au spectateur pour qu’il observe, qu’il scrute dans les ténèbres, qu’il éprouve de l’empathie pour celui-là même qui fait tout pour être rejeté. L’ambiance est admirablement créée par une image directement inspirée du Caravage, des clairs-obscurs somptueux, des contre-jours très contrastés, jusqu’à la blessure de Holopherne (pour les connaisseurs), qui marque le cou du héros à la fin de sa vie. Caravage, artiste persécuté aussi pour son insolence et ses choix sexuels. Tout est remarquable dans le film, les acteurs, leurs dialogues, les ambiances reconstituées, cette vibrante et palpable
difficulté à exprimer son désir lorsqu’il est considéré « contre nature » et fait l’objet des pires répressions. La séduction des très jeunes garçons met évidemment infiniment mal à l’aise.
Les décors et les costumes sont exceptionnels de richesse, de style et je ne peux manquer de tirer mon chapeau à l’usage fait des chapeaux du héros. Par leurs formes singulières et semblables à chaque fois, cet accessoire vestimentaire est à lui seul la marque distinctive de l’homme qui le porte. Une subtile mais marquante signature du talent qui a donné naissance à ce film, dans tous ses aspects. Si le metteur en scène, interprète du rôle principal, a déjà une immense carrière d’acteur avec des rôles souvent liés à son homosexualité, il semble véritablement ici naître au Parnasse du cinéma de haute volée. D’un point de vue marketing, je ne suis pas certain que le titre soit le meilleur, celui qui servira la notoriété de l’œuvre... Et certains esprits chagrins parleront peut-être d’euro-puding ; ce qui a permis aux contribuables belges de cofinancer par le tax shelter cette production baignant décidément dans une ambiance Entre Chien et Loup. Au générique, quelques bénéficiaires de cette manne bienfaisante pour les techniciens, guère pour la cinématographie belge, une fois encore.