Tout le monde connaît ce gros gosse qui, sous sa casquette, avec son visage de batracien, vient à la rencontre de ce qu’il y a de plus insupportable dans la vie sociale et politique américaine. Ce film en remet une couche, et vivement.
Accrochez-vous bien car c’est un documentaire de Formule 1, ça va à une vitesse qu’il faut essayer de suivre durant 2 heures, de réplique en réplique, de plan en plan, dans un montage de clip et dans un désordre narratif qui fait un peu la faiblesse du film : qui trop embrasse mal étreint serait-on tenté de dire, mais qu’importe. Peut-être est-ce le (mon) manque de connaissance de la vie publique américaine, de son actualité non médiatisée vers l’Europe, qui donne ce sentiment de grand brassage (de grand four tout) qui caractérise cette avalanche de sujets traités de façon aussi grave que drôle, rebondissant de l’un à l’autre, formant une espèce d’amalgame des maux qui ont engendré Trump et que ce-lui-ci amplifie avec une folle inconscience.
Ce n’est pas tant Trump mais le système qui l’a rendu possible qu’il faut considérer à travers ce film. Même si, pour se faire, le film utilise le biais dont les grands média audiovisuels américains (et européens) se repaissent : faire de cet homme politique et de son entourage d’apocalypse, un spectacle marrant. Le film met vivement en garde en convoquant, de façon un peu « forcée » le pire exemple de l’histoire moderne, Hitler en personne.
L’usage riche, mais un peu simpliste qui est fait des méfaits du IIIe Reich, semble témoigner de façon intéressante du fossé culturel entre « les européens et les américains ». Chacun voit dans l’histoire, la culture de l’autre (continent) ce qui peut témoigner de ses craintes, de ses angoisses. Et c’est l’un des aspects, certes secondaire, mais intéressant du film. Le début de ce film est absolument exceptionnel ! La suite mérite d’être suivie attentivement même s’il faut ici ou là, faire preuve d’attention lorsque le propos se dilue un peu, entre dans des détails, bien sûre importants, mais qui, à force d’être exposés minutieusement, plombent un peu le film (ceci est un jeu de mot à comprendre après la vision).
Dans ce grand chaos qu’est la société américaine dépeinte par Moore, les mouvements de protestation, gigantesques, montrent la voie de l’espérance, incarnée symboliquement par une jeune femme sur le visage de laquelle se termine le film, sorte de (futur) Marianne d’une révolution attendue. Ne restez-pas ignorants de tout cela qui nous concerne plus que les fake news et les frasques chaplinesques d’un très mauvais casting politique. Il faut encore éclaircir un complexe jeu de chiffres : Le film du même réalisateur en 2004 portait le même titre, mais le chiffre était : 9/11, date de l’attaque des Twin Towers et il taillait des croupières à Georges
W. Bush. Le chiffre 11/9 est celui de la date d’élection de Trump.