Quels bonshommes ! A deux, le réalisateur et son interprète, ils ont réussi un film d’exception, à tous égards. Et l’on ne sait par quels compliments admiratifs commencer.
Il y a ce personnage central, toujours à l’image, qui captive de façon hypnotique. La caméra l’aime et son regard vous dit toute sa quête intérieure, ses émotions retenues, sa douceur et ses angoisses de façon véritablement palpable. Arrivera-t-il à porter ensuite dans sa carrière un autre rôle à un tel niveau d’intensité ? Il faut le lui souhaiter. Dans le film, il a un petit frère, adorable de naturel et de charme, pas facile à capter cela avec un gamin si jeune. Et un père, une personne sympathique, très ouverte à ce que son fils traverse comme épreuve, le soutenant dans son ambition de devenir danseuse.
Il l’accompagne aussi dans ses démarches liées au changement de sexe. De façon sensible, touchante. De la mère, nous ne savons strictement rien. Absente. Bel effet de scénario. Mais qui laisse un peu sur sa faim car l’absence n’est pas une information.
L’écriture cinématographique est parfaitement adaptée au sujet, d’une grande fluidité, virevoltante, suivant les visages avec une attention jamais prise en défaut. Et cela donne des images cadrées de façon souvent vertigineuse, et dans ces salles de danse aux murs de miroirs, pas une fois l’équipe n’est vue en reflet. Magique ! La photo semble très « réaliste » mais soutient subtilement les ambiances, parfois très sombres, comme l’humeur, parfois diaphane, comme l’espoir d’atteindre son but ultime.
Certains reprocheront quelques répétitions dans le cours de l’histoire. Comment se former à la danse sans « répétitions » justement ? Il y a aussi les scènes « familiales » ou celles en milieu hospitalier qui semblent se répéter.
Et bien, l’une des subtilités de ce film tient au fait que les choses qui semblent semblables ne le sont pas vraiment, les comportements changent, de façon nuancée, les attitudes, les réactions se construisent et une partie de la saveur de ce film est alimentée par ces évolutions, ces légers changements.
Mais l’on ne peut commenter un tel film sans évoquer une matière qui nourrit tant de créateur, ce qu’il est convenu maintenant d’appeler « les questions de genre ». Je ne suis pas très connaisseur et pour tout dire, je considère que ce sont des questions très personnelles, très « privées ». Mais les voir débattues, par films interposés, sur la place publique, ne peut laisser personne indifférent. Il y a donc un aspect « doloriste » au film qui touche profondément. Parce qu’il est incarné (dans la chair) de ce.tte dan-seu.r.se (Pas facile l’écriture « non genrée »...) Et cette attitude cohabite avec une forme de plaisir, un hédonisme, qui trouble.
Les « transgenres » semblent peu apprécier le film, ce qui mérite un moment d’attention. La « transidentité » serait, selon les détracteurs, présentée de façon traumatisante et tragique... Chacun appréciera ! Et le problème de manque de compréhension viendrait de ce que seuls les « transgenres » pourraient témoigner de ce parcours, de cette transformation. Pas les « cisgenres » (les personnes dont la « personnalité » masculine ou féminine, correspond au sexe physique.) Le film montre une abondance de scènes (très sensibles, très réussies selon moi) qui illustrent la douleur, la violence sociale et physique. Bref, le réalisateur aurait fait des choix, exprimant (consciemment ou nom) des aspects typiquement cisgenres du regard porté sur la « transidentité ». Le débat annonce d’autres ébats !
Il faut évoluer et s’habituer au nouvel acronyme : LGBTQI. Il faut se souvenir de nos débuts balbutiants en latin qui évoquaient les TRANSalpins et les CISalpins, sans que l’on ne sache trop qui était de quel côté des Alpes...
Sur un sujet « proche » : The Danish Girl (205), 120 Battements par Minute de Robin Campillo (428), Plaire, Aimer et Courir Vite de Christophe Honoré (521), Troisièmes Noces de David Lambert (522), Fleuve noir de Erick Zonca (531), The Happy Prince de Rupert Everett (545), et encore La Vie d’Adèle, Brokeback Moutain et tant d’autres. Que de chemin parcouru depuis La Cage aux Folles !