Chaleureux. Un film qui a une très forte personnalité. Le cadre d’abord, d’un format « ancien » (1:33), la photographie noire et blanc d’une grande beauté graphique, le thème mélangé de la guerre froide et du Paris bouillonnant de l’après guerre, tout concourt à créer une ambiance, un climat très singulier qui prend naissance dans la recherche de l’authenticité folklorique, racines culturelles de la Pologne. Amusante recherche anthropologique, enregistreur à la main. Se nouent alors des liens entre des personnages qui n’auraient jamais dû se rencontrer et qui vont vivre une sorte de passion ingérable. Durant tout le film, le spectateur sent monter en lui le désir de mieux comprendre, de suivre dans ses méandres les destins croisés de cet homme et de cette femme. Sans que rien ne lui permette de « lire » ces histoires de façon rationnelle. L’on comprend, sans en éprouver le besoin, que ces deux destins sont emblématiques d’une période atroce où la misère ordinaire pesait sur les épaules de tous, la culpabilité d’une guerre qui avait tout ravagé pour laisser s’installer un régime étouffant, rendait les rapports entre personnes toujours incertains, pleins de craintes, de méfiances et pourtant de fascination. Le film fait bien sentir cet enfermement de destins singuliers dans la touffeur oppressante d’un régime de guerre froide. Les acteurs sont excellents, qui rendent chaque scène attachante. Et l’utilisation très complexe des musiques complète et charpente ce film très puissant, intériorisé, mené avec une maitrise d’enluminure. Cadres, mouvements d’appareil, plans séquences, tout ce qui contribue à faire, d’un film, une œuvre.
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