Un film singulier, exigeant et très fort, malgré une certaine difficulté dans la construction du scénario. Pourtant primé à Cannes. Le spectateur est amené à découvrir un groupe d’habitants italiens pratiquement réduits à l’esclavage, à l’époque du téléphone portable. L’histoire fascine, la nature, les décors sont absolument extraordinaires, les personnages rustiques, plus vrais que nature. Le personnage éponyme du film est un peu « singulier » et l’on s’attache à son parcours, à ce qu’il vit. Puis cet univers bascule, vers le mieux pourrait-on penser, mais l’un des intérêts du film est précisément de s’interroger pour savoir si c’est vraiment un « mieux ». Il
y a des passages de la narration qui sont un peu chaotiques, mais il faut les surmonter pour continuer à suivre cette étrange histoire qui a la force d’un conte, comme l’on se les lisait l’hiver, pour se laisser envoûter, en imaginant au loin les hurlements du loup. La paraphrase camusienne vient d’elle-même : « Il faut imaginer Lazzaro heureux ». La qualité graphique particulière d’une image tournée « à l’ancienne » en 16 m/m ajoute à cette ambiance qui évoque, par sa dimension mystique, un parfum de sacristie poussiéreuse et qui n’arrive pas à proposer une réponse au monde qui est le nôtre.