Une naissance heureuse : le film est très bien construit et les acteurs parfaits. Ce qui n’est pas facile lorsque l’on doit être interprètes de chansons sur scène et acteurs de comédie, dans des rôles très exigeants. Ce qui frappe aussi c’est l’incroyable pauvreté des dialogues. Il semble que les phrases ne dépassent jamais 5, voire 10 mots. Je sais qu’il faut faire court au cinéma, mais à ce point... En plus, le vocabulaire doit tenir sur une seule page de dictionnaire. Bien entendu, ce n’est pas un hasard, mais la marque des limites intellectuelles des protagonistes et de leur entourage, limites qui, sans doute, accentuent la force de ce qui les submerge : un succès écrasant, incontrôlable et manipulé par l’entourage.
Nous suivons l’épopée de deux auteurs, compositeurs (guitare et piano) interprètes, dans l’ambiance très rock, américaine. Lui est totalement ravagé par l’alcool et les drogues. Sa carrière décline. Elle « naît » au triomphe. Se mélangent de façon harmonieuse dans le film, trois lignes de force qui en charpentent l’intérêt : les antécédents familiaux, les relations interpersonnelles, actuelles, intimes, et le show business. L’emboîtement de ces trois regards
est particulièrement bien agencé et l’on ne se lasse pas d’une histoire dont on pressent, hélas, l’issue.
Il faut souligner que Lady Gaga est sublime. Et que la réalisation très maîtrisée, vive, avec des caméras mobiles, promptes à se rapprocher, être parfois même « sous le nez », tout cela donne au spectacle un souffle athlétique qui tient le public en éveil, avec l’aide d’une bande son qui ne risque pas de faciliter une petite sieste pendant la projection !
Ce qui est particulièrement remarquable c’est que la mise en scène est assurée par l’acteur principal ! Chapeau... Cet acteur, producteur, réalisateur aurait été le mieux payé aux U.S.A., ce qui ne se sait pas sans doute en Europe, pour ceux qui ne l’aurait vu que dans American Sniper. Pour ce film-ci, il a appris à jouer de la guitare et à chanter. Respect ! D’autant que les plans chantés du film le sont tous en direct, sans playback. Spectaculaire comme le sont les images, filmées toutes « sur la scène » et pas du point de vue du public. Un film très réussi, même s’il est la 4e version du scénario adapté déjà par d’autres, et pas des moindres. Un baby-boom.