Not a beautiful movie. Mais un film très réussi sur le plan de l’empathie profonde, douloureuse, que suscitent et le père et le fils, ce dernier entraînant sa famille dans la spirale atroce de la toxicomanie. Âmes sensibles, accrochez-vous.
L’histoire est inspirée des deux livres écrits en parallèle, par le père et le fils. Et rien ne vous sera épargné : l’angoisse des parents, l’immense souffrance du fils, ses mensonges, ses efforts et ses lâchetés. Quant aux produits de plus en plus terribles qu’il s’administre, c’est simplement l’enfer.
L’attitude des parents est décrite avec beaucoup de nuances et de finesses. Les acteurs sont véritablement les personnages. Et ce n’est pas simple, car le film se déroule sur une période assez longue, due aux retours en arrières (ce qui nous vaut une barbe bien noire du père plus jeune, qui dans le temps de l’action du film, est poivre et sel).
Vous serrez sensibles à l’espace de « bureau » du père, chez lui, sombre, sans perspective ni ouverture, avec pour seule lumière celle des lampes, sans fenêtre. Quelques photos figeant un passé d’apparence. L’écran de l’ordinateur semble être le seul lieu éclairé ; et éclairant, car c’est là que se font recherches et découvertes sur le drame qui se déroule. Et le fils se sert de l’écran aussi pour aller de l’avant vers l’enfer. Une version numérique de la langue d’Ésope.
Peut-être trouvera-t-on ce recours, par le montage, aux « sauts dans le temps passé » un peu maladroits, arbitraires.
Au moins sont-ils utiles, faute d’être habiles. Ce qui, par contre, m’a paru très étonnant chez ce metteur en scène (*The Broken Circle Breakdown (087) & Belgica (226))c’est qu’il semble avoir abandonné tout ce qui caractérisait, de façon si surprenante, son type de cadrage, de narration. Nous voilà aux États Unis, dans un film léché, classique, sans « signature stylistique » particulière.
Ce qui ne me semble pas être un problème et, peut-être, facilitera la vision du film aux spectateurs courageux qui veulent, malgré l’épouvante que cela provoque, se rapprocher de ce drame de la drogue pour s’interroger, en particulier dans une famille que rien ne prédisposait à y être confronté de façon si douloureuse. Courage, allez-y, cela en vaut la peine.