Allez-y, d’urgence : c’est un film exceptionnel à plus d’un titre. Il est dans la filiation de La 317e section et Diên Biên Phu (Pierre Schoen-doerffer), de Indochine ou Le temps des aveux (Régis Warnier) ou de The Thin Red Line (Terrence Malick), et il nous fait partager, durant quelques mois - ceux de la fin de la seconde guerre mondiale et du début de la guerre d’Indochine - le destin de ces hommes toujours mouillés, par les pluies de mousson, par la sueur moite due au climat tropical dans ces montagnes impénétrables.
C’est aussi un film qui, subtilement, rappelle qu’aucun pays ne peut être dominé par un autre lorsque le sentiment national anime chacun. La colère que cela soulève entraîne des choses abominables, en particulier le martyr des corps. Ici, sans rechercher l’horreur,
nous n’échappons pas à cette réalité, rappelée à propos et de façon très démonstrative.
C’est un film qui médite sur le deuil insurpassable qui vous ronge la conscience et annihile tout esprit critique, rationnel. Gaspard Ulliel (vu dans Saint Laurent de Bertrand Bonello) donne vie à ce soldat perdu, de façon absolument saisissante, sous la direction du réalisateur de, e.a., La Religieuse (017).
Depardieu est une sorte d’évidence minérale, qui fait d’allusives citations métaphysiques à saint Augustin et qui écrit, à la fin, ce qui est sans doute le fil conducteur de ce qui sous-tend la méditation du film.