Film indispensable et terrible. Il montre le massacre perpétré le 22 juillet 2011 sur l’île éponyme dans lequel 70 personnes (différents chiffres circulent) sont tuées, sauvagement, par une brute fasciste, Breivik. On pourrait croire le sujet connu ; il est abordé de façon très originale et en durée « réelle ». Le film a cette rare particularité d’avoir été tourné en 5 jours, après bon nombre de répétitions, mais en ne filmant « que » cinq plans-séquences. C’est vertigineux ! Le réalisateur avait déjà ébloui avec Mille fois bonne nuit (059) qui montrait aussi des événements d’une intense violence qu’on ne peut laisser aux seules informations, à la télévision, le soin de mettre en perspective. Le cinéma a aussi une « mission historique » à assumer dans l’Histoire.
Le génie des auteurs est d’avoir choisi un personnage central, que l’on ne quitte littéralement pas des yeux, et qui donnera à ce drame une intensité émotionnelle immense, sorte de Fabrice del Dongo au féminin. Nous ne voyons rien de gore : pas le tireur, pas les
victimes au moment de leur martyr. Nous suivons la panique de ces quelques jeunes qui ne comprennent évidemment pas ce qui se passe mais entendent les coups de feu.
Se mettent en place alors toute une série de comportements inspirés par les circonstances, l’importance des téléphones portables, et bien entendu les tempéraments qui se révèlent dans toutes leurs complexités et leurs différences. Personne ne souhaite « (re)vivre de l’intérieur » les attentats qui ont endeuillé tant de pays ces dernières années. Mais l’on peut légitimement essayer de comprendre l’effet traumatisant, profondément dramatique, que génère sa proximité dans de telles circonstances, comme l’ont tanté Emmanuel et Daniel Leconte dans L’humour à mort (188) Ce film est une épreuve pour les spectateurs, mais aussi un hommage d’une immense dignité pour celles et ceux, qui, au péril de leurs vies, ont essayé d’opposer leur simple et fraternelle humani-té à l’horreur absolue. Respect.