Dans l’œil, la pupille est le trou au centre de l’iris. Ce mot désigne aussi une personne mineure placée sous l’autorité d’un tuteur. Et l’on sera sensible au fait que des aveugles occupent une certaine place, fut-elle symbolique, dans ce film au titre polysémique.
Et bien, ce titre correspond parfaitement au sujet du film : quel regard porter sur ces (tous jeunes) enfants, nés sous X, abandonnés par leur mère, pour le dire plus crument ? Le film, avec une immense délicatesse, un grand sens des nuances, une pudeur jamais prise en défaut, nous rend témoins des multiples moments, des procédures, des difficultés, des obstacles, qui jalonnent le chemin escarpé de celles et ceux qui sont familles d’accueil, qui encadrent les procédures, qui sont demandeurs d’un enfant. Les cas sont multiples dans le film, même si une mère et un bébé focalise l’essentiel du récit. Ce qui permet de percevoir la multiplicité des situations, des réactions, des critères examinés, opposés au « désir d’enfants ». Toutes les actrices et les acteurs sont parfaitement « justes », d’un grand naturel.
Et la présence du bébé est très mignonne. Le film flirt avec le documentaire et se fait parfois didactique en néonatalogie... Une légère érotisation de certains moments entre adultes rappelle, à propos, que l’enfantement est aussi question de désir, de plaisir et de séduction. Tout cela baigne dans un univers harmonieux, filmé de façon on ne peut plus classique, sans surprise, sans effet.
La chronologie est très embrouillée et les titres, qui en indiquent fugitivement les repères, ne suffisent pas à ce que l’on s’y retrouve. Mais qu’importe, car ce qui compte, c’est à chaque scène, l’intensité des enjeux, l’émotion qui s’en dégage.
Et le film n’en est pas avare. Pour accompagner ce sujet hyper émotionnel et qui fera mal à celles et ceux qui connaissent les désarrois évoqués, une musique de bonne aloi, au piano, puis qui prend une modeste ampleur orchestrale pour baigner la fin dans une ambiance de happy end.
Dès le début pourtant, la mauvaise humeur s’installe à cause d’un panneau avant même que ne débute le film qui annonce, triomphalement, que la production est bardé de tous les financements publiques belges possibles. Alors que rien, strictement, ne suggère la Belgique, même si les images en intérieur d’hôpitaux semblent avoir été tournées ici, pour dépenser le tax shelter qui, une nouvelle fois, et de façon ostentatoire, illustre le détournement d’un mécanisme pensé pour soutenir notre cinéma national.
Le film est français, comme la région du tournage, le Finistère, et la réalisatrice qui est la fille de Julien Clerc et de Miou Miou, ce qui nous vaut le plaisir de la retrouver dans un rôle qui lui va parfaitement. Un film charmant qui parle des choses de la vie avec doigté.