Le voyage ne commence pas mal. Deux allemands sont réfugiés, recherchés, dans un Paris contemporain, qui est mis sous la loi martiale. On ne sait trop pourquoi. Il faut fuir, comme les juifs en 40, au péril de sa vie, poursuivis par des CRS en tenues de robocop. Ils ne sont pas très nombreux ; ça fait un peu cheap, comme les voitures de policiers qui, à deux, doivent créer une ambiance de siège urbain ; les sirènes font le reste. Mais soit, on s’amuse de voir des allemands traqués dans Paris. Malheureusement, et malgré une voix off envahissante et explicative, l’on se perd très vite, ne sachant plus trop qui est qui et qui fait quoi. Deux hommes, deux femmes, un cadavre, quelques mystères obscures, et le spectateur, même le plus accroché, décroche.
Il y a un grand soin, dans le film, à créer une ambiance visuelle originale et forte. Cette esthétique pourrait renforcer l’ambiance, le caractère du scénario. Mais il en a si peu hélas. L’image en scope témoigne d’une ambition esthétique qui fait long feu. Les acteurs ressemblent à des bandits de grands chemins en costumes, avec forces roulements d’yeux, des voix sépulcrales, des textes abscons.
Sauf bien entendu cette rare et merveilleuse comédienne, Paula Beer, qui a été très admirée dans Frantz (300) à l’occasion duquel j’écrivais la fascination de ce talent exceptionnel. La musique est très « pensées », mais ne s’impose pas. Un enfant joue un rôle qui nous dépasse et sa mère est muette. Pas simple pour eux de se faire comprendre. Bref, l’on ne comprend plus rien, et c’est certainement dommage, car manifestement c’est un film pavé de bonnes intentions. Inspiré d’un roman déjà adapté au cinéma, parlant d’une autre époque, qui est bien entendu sous-jacente à cette version, mais d’une façon d’autant plus maladroite à mes yeux, que s’y mêlent des velléités de lier hier et aujourd’hui ; et ça ne fonctionne pas.
Je n’ai rien vu d’autre de ce réalisateur réputé être exemplaire de la nouvelle vague allemande. Cette production le laissera sans doute un peu « en transit » dans le parcours de sa carrière.