Il restera un de mes films favori ! C’est grandiose.
Le réalisateur avait déjà été très remarqué dans The Lobster (208) et The Killing of a Sacred Deer (447), deux films exceptionnels par leurs traitements et leurs sujets, hors des chemins battus. Mais ici, The Favourite porte un sujet très puissant, immergé dans l’Histoire.
Et quelle histoire ! Celle de Anne, la seconde fille de Jacques II d’Angleterre, catholique, exilé en France. Anne régna à partir de 1702, après son beau-frère hollandais, époux de Marie II, la fille aînée. Nous sommes au début du XVIIIe siècle, pendant la Guerre de Succession d’Espagne. En face, en France donc, Louis XIV va mourir, puis c’est la Régence.
Heureusement l’extrême complexité de cette période politique, durant laquelle une coalition anti française vise à anéantir les Bourbons, ne doit pas être connue pour comprendre que le Duc de Marlborough (John Churchill) en est le personnage central ; on le verra à peine à l’écran. (Pour rappel, il est l’inspirateur de cette comptine Malbrough s’en va-t-en guerre). Dans le film, c’est son épouse qui aura l’un des 3 principaux rôles. Avec sa rivale, et bien entendu, la reine Anne. Les trois garces.
Sarah Churchill est interprétée de façon brillantissime par Ra-chel Weisz (*Yought (162), The Lobstster (208), The Light Between Oceans (326) et je l’ai trouvée souveraine dans Disobedience (519) le personnage va se faire, petit à petit, évincer mais ne reculera devant rien pour maintenir son empire sur la reine. Elles étaient l’une et l’autre d’obédience politique opposées. La rivale est Abigail Masham, une parente de Sarah, incarnée par Emma Stone (*La la land (354).
Un combat d’égos gigantesques et au féminin, se déroule durant le film, de brillante façon.
D’autant que la troisième personnalité est la reine, dernière Stuart, véritable musée vivant des pathologies médicales. Ce rôle, tenu par Olivia Colman, vient de lui valoir le Golden Globe de la Meilleure actrice dans une comédie. Elle fut l’une des interprètes de The Lobster, à croire que le réalisateur teste ses comédiennes avant de leur confier un rôle absolument exceptionnel, magistral.
Entre ces trois femmes nous assisterons à une lutte de pouvoir, faite d’entregents et d’entrejambes, absolument fastueuse.
A souligner, les moyens techniques peu ordinaires mis en œuvre pour la mise en scène. Que l’on ne filme jamais avec de la lumière du plein soleil, même en extérieur, c’est normal pour un pays qui est réputé pour son climat. Cela donne au film une ambiance très plombée qui convient admirablement aux scènes dans la forêt, dans le parc et les jardins. Mais en intérieure, l’impression est que la lumière ne vient que des sources qu’on y voit : feux ouverts, bougies, torches, braséros, et la journée, la lumière extérieure qui crée des contre-jours splendides, profonds, qui évoquent Franz Hals, Rembrandt et le siècle d’or de la peinture hollandaise. Le tout dans un camaïeux de bruns, de vieux roses, de draps et de tentures déclinant les tons tabacs, avec peu de couleurs.
L’immense prouesse du film est l’usage exclusif de focales extrêmement courtes. Ce sont des objectifs de prise de vue qui captent un très large champs, le plus souvent ici, du parquet aux plafonds. Et quels plafonds ! Des volutes gothiques en palmier, des caissons en couleurs. Mais ce qui est vertigineux, c’est que la caméra est en perpétuel mouvement, ce qui dévoile les lieux de façon saisissante, accompagnant les déplacements dans des salles immenses, le long de couloirs qui symbolisent si bien l’éloignement entre le pouvoir et ceux qui le servent. Et, en outre, de nombreux avant-plans, des détails, sont montrés, des visages filmés de près. Avec une profondeur de champs totale, qui ne laisse aucun flou : tout est montré, crument, cruellement. C’est du tout grand ciné-ma. L’image de fin vous en donnera la quintessence. Le chatoiement du spectacle n’empêche pas les moments d’intimité, parfois bouleversants (l’évocation du drame de cette reine), ou hilarants, avec une crudité de vocabulaire et parfois de gestes, ce qui donne, de la cuisine à la chambre de la reine, de la salle du conseil aux chambres de bonnes, une unité de traitement qui rend le spectacle merveilleusement beau, et je ne vous fais pas le couplet sur les costumes et les accessoires.
Il y a, en plus, une audace à filmer la reine, les cheveux gras et défaits, le visage maculé par sa voracité alimentaire ou congestionné par sa férocité langagière.
Si vous n’allez pas vous régaler de ce film, vous ne serez plus de mes favoris.