Un biopic sur Colette, dans un anglais raffiné, tant par la langue que par le style, c’est un peu comme boire un Bordeaux dans un verre de bière ; faut s’y habituer. Suite française (129) comme Les Jardins du Roi (156) e.a. nous avaient infligé déjà cette torture. Le film est élégant, un peu lent à démarrer car le début de l’âge adulte dans une vie de famille rurale et désargentée, peut donner lieu à de belles images et des moments d’une grande sérénité : le calme avant la tempête, et c’est lorsque Colette devient parisienne, femme d’un homme caricaturalement machiste, que les choses prennent de l’épaisseur. Et là, le rythme est bien soutenu, l’évolution bien montrée, même si le film n’avance que par les dialogues et les respirations des déplacements qui les entrecoupent : trains à vapeur, calèches, vues des quais de Paris, bref, une histoire structurée et qui, sans doute, est proche de celle de l’héroïne incarnée de façon ravissante par Keira Knightley qui, dans The Duchess, était souveraine. Jamais chapeaux ne furent portés avec un tel talent ! Elle était aussi de Imitation Game (107) et ici elle crève à nouveau l’écran.
De très nombreuses scènes sont bien réussies, d’autres plus convenues. Le tout filmé avec les déplacements de caméra qui font « élégants ». Le peintre Caillebotte a inspiré le chef opérateur
et un plan est même une citation : Les raboteurs de parquets. Un cinéma distingué donc, et un peu convenu, qui ne manque ni de charme, ni de piquant.
Il se regarde en réfléchissant à l’un des sujets évoqués sans lourdeur, mais avec délicatesse et précisions : celui de la bisexualité à une époque où la fureur masculine se déchainait sans limite contre cette dépossession inacceptables pour ces mâles possessifs. Il y a aussi un subtil intérêt pour la thématique traitée il y a peu dans The Wife (563), celle de l’épouse qui écrit dans l’ombre pour que rejaillisse sur l’époux la gloire des textes célébrés par tous.
Le réalisateur, avec son compagnon décédé depuis, avait brillé dans Still Alice (118).
Ici le travail de reconstitution des lieux d’époque, l’utilisation d’une caméra mobile pour « balayer » les espaces de bals mondains, le soin mis à créer une élégance en toute chose, cela fini un peu par faire « exercice de style » mais quel style ! Il y a beaucoup de belles choses à apprécier, et le charme opère souvent, pour des motifs différents, complémentaires. Colette vaut qu’on s’y colle.