Allez les voir. Ce sont des femmes sans domicile fixe, les laissées pour compte au cœur même de nos villes, des femmes infiniment proches et que l’on ne voit jamais dans leur lutte quotidienne pour leur hygiène, leur alimentation, leur travail, leur survie et leur dignité. Ce film est à la limite du reportage et de la fiction.
Et il nous fait découvrir le sort de nombre de ces femmes aux parcours, aux tempéraments, très différents, mais toujours aux quotidiens des plus funestes. Et d’autres femmes luttent inlassablement à leur côté pour essayer de leur donner les moyens les plus élémentaires de mener une vie digne : se laver, laver son linge, renouer avec l’environnement social et économique, essayer de trouver simplement où dormir sans risque.
Le film nous fait découvrir le quotidien de ces personnes et c’est plus fascinant qu’une fiction, plus émouvant qu’un récit de guerre, plus stressant qu’un thriller. A chaque instant le destin, la vie même de ces personnes, risque de basculer vers le naufrage définitif. Et c’est à quelques volontés déterminées, dans un contexte aux paradoxes bien soulignés, que l’on doit ce sentiment terrible d’impuissance personnelle face au « sansabrisme » face à la misère quotidienne de nos semblables les plus proches qui connaissent un sort que les migrants les plus éprouvés ne voudraient pas partager.
Le film est construit de façon subtile. Il nous fait découvrir le quotidien de ces femmes dont certaines deviendront - malgré elles
? - les vedettes, parce que les plus emblématiques de la diversité de ces destins. Les images sont d’un réalisme simple, le style fait
penser à un reportage, les séquences très différentes respectent la dignité de chacune, Mais jamais le film ne cède aux effets de la mise en scène, pour accentuer ou édulcorer le quotidien ; il semble montrer les choses au travers du seul prisme de la réalité. C’est remarquable, car c’est un film qui a été tourné comme une fiction, avec quelques actrices qui s’intègrent dans ce monde du chacun pour soi, où elles font tout pour toutes.
Le réalisateur en est à son troisième film, tous inspirés par la réalité sociale la plus paradoxale dans nos pays riches où la pauvre-té reste centrale et mal gérée. Un reportage, et le livre qui en a été fait, l’ont inspiré et le travail ensuite d’enquête, permettant de communiquer la réalité, a nécessité des mois d’immersion dans ce quotidien caché et si proche.
La présence de comédiennes ne se remarque guère, elles assument des fonctions qui nécessitent une maîtrise du discours, une capacité à construire des personnages aux évolutions relevant plus de la narration que du simple constat. C’est très réussi. Et ce qui frappe très positivement, c’est l’ambiance de gaité, l’humour qui sont la toile de fond du film : une comédie, hé oui, là où tout est tragique.
C’est un tour de force stylistique remarquable qui rend le film mémorable au-delà de sa vocation de constat navrant. Et si vous, vous vous posez la question de savoir « comment faire pour que cela cesse », aller voir ce qui se fait par exemple ici : http://www.solidarite-logement.be/presentation.html