Le titre n’annonce pas le paradis. Mais le film est exceptionnel. Par l’idée même de l’histoire, par les circonstances de son déroulement, par les enjeux philosophiques qui sous-tendent le propos. Nous faisons la connaissance, presque incidemment, d’une femme médecin urgentiste au travail, suite à un accident de circulation. Puis nous allons « vivre » avec elle sur le voilier de 12 mètres qu’elle mène en solitaire vers l’Atlantique Sud. Vers des vacances, pensait-elle.
Une navigateur solitaire, cela évite les longs dialogues ! Tout va bien jusqu’à ce qu’une tempête marque une sorte de « passage » dans son périple qui change totalement d’objet. A découvrir à l’écran.
Mais l’intérêt de ce sujet admirablement traité, car pratiquement un pari techniquement impossible, c’est qu’il interroge cette femme médecin dans sa raison d’être elle-même. La voilà confrontée à l’inverse de ce à quoi elle a été préparée et la fin du film « ouverte », je veux dire sans fin anecdotique, laisse le spectateur plongé dans un mélange d’indignation et de stupeur, un profond sentiment d’impuissance et cependant une urgence à trouver des solutions à ce que nous venons de vivre au plus près.
Techniquement, ce film est saisissant : filmer dans un endroit aus-si peu propice qu’un voilier en pleine mer, la nuit, sous des paquets de mer et un déluge, aligner des navires pour qu’ils soient dans l’axe de la caméra, tout cela relève d’une très grande maîtrise et il est vrai qu’après une heure trente passée « en tête-à-tête » le générique dévoile l’immense quantité de personnel qui a été nécessaire pour réussir ce véritable défi : servir parfaitement un sujet très audacieux.
Le film nous laisse avec cette interrogation importante de savoir s’il est moral de refuser d’obéir, s’il l’on peut, seul, s’ériger en juge de ce qui est bon, de ce que l’on peut ou doit faire, et surtout comment mesurer la limite de ses capacités, de ses moyens. Ce récit ouvre de graves question sans, bien entendu, y apporter des réponses toutes faites.