Ce n’est pas l’ordre des choses ; c’est la vie, l’amour, la mort. Ceux que les hôpitaux font fuir devraient s’immerger dans ce film pour mesurer toute l’humanité qui, dans ce lieu, certes, peu engageant, permet à chacun de survivre dans une ambiance où l’espoir et la mort, où l’autorité et l’apprentissage, où les émotions, se mêlent constamment et de façon très complexe. Il ne m’est pas possible de dire si « c’est exactement comme cela « mais il me semble que ce que le film nous fait partager doit être très proche de la réalité.
La construction du scénario, prévisible sans doute, est cependant d’une grande richesse et la délicatesse des scènes de vie, d’empathie, de chagrin et d’angoisse, constitue un patchwork du quotidien des médecins et de celui des malades. Les scènes sont bien dialoguées, les cas sont expliqués avec juste ce qu’il faut de technicité pour en comprendre les enjeux. Ne ratez pas le « grand tour
» de la cheffe de service, et son tête-à-tête avec Jérémie Rénier.
Rénier m’a paru excellent dans ce film, d’une convaincante intériorité, d’une précision dans son jeu, souvent fait de réactions plus que de paroles. Marthe Keller est une maman juive charmante, pleine de tendresse et son déclin ne peut laisser insensible. Zita Hanro, jeune interne, est définitivement une superbe comédienne. Comme elle le fut e.a. dans Carnivores (504) avec Jérémie Rénier déjà. Le réalisateur fait un travail de découpage, de mise en place de caméra, d’une grande richesse classique.
Les scènes sont très construites, les points de vue un peu académiques peut-être, mais l’on ne s’ennuie pas, c’est très varié. Et une excellente idée est de faire, sans cesse, se déplacer les protagonistes le long de couloirs continuellement arpentés dans de grands mouvements de tabliers blancs. Sauf pendant la « coupure » que Rénier s’accorde et il est alors vêtu de noir. Simple, facile peut-être, mais tellement juste. La musique est un peu « trop », trop envahissante, trop tautologique, trop grandiloquente à mon estime. Un film qui est très valorisant à découvrir.
Ce qui l’est moins, c’est la présence plus que discrète, presque honteuse, en petites lettres dans le générique, du tax shelter. Qu’est-ce que l’argent belge vient faire dans un tel sujet ? Payer Rénier ? C’est encore une fois se payer notre tête.