Lafosse (septique) est incontestablement un des réalisateurs essentiels dans le paysage du cinéma belge. Nue Propriété (003) Aimer à perdre la raison (015) Les Chevaliers blancs (209) L’économie du couple (267) ont permis d’apprécier (pas toujours favorablement) l’étendue de son talent et la nature de ses préoccupations. En Belgique, il y a le réalisme social, le réalisme poétique, le réalisme magique, il va falloir évoquer le réalisme pervers pour caractériser les thèmes de Lafosse, en cela compris celui-ci, qui est remarquablement filmé.
Adapté d’un roman, l’histoire est celle de 7 journées, passées à cheval, par une mère et son fils.
Comme chacun sait, le but du voyage n’est pas le but, mais le voyage, et le film en est une très élégante illustration. Entre la mère et le fils, des conflits violents et inexprimés, des incompréhensions douloureuses, des reproches et des haines recuites. Le lien « filial » est sans doute le seul motif qui amène ses deux êtres à cheminer ensemble, dans des conditions assez austères d’ail-leurs. A découvrir dans le film. Vous apprécierez que l’on démarre dans des déserts secs, de rocailles, puis vient l’eau, puis l’herbe nourricière, la forêt ensuite et le film se termine à nouveau dans un environnement très inhospitalier. A chaque étape, des événements, mineurs en apparence, mais qui charpentent les relations
« mère-fils » de façon chaque fois plus complexe. Des alternances de très grandes tensions et de relatives sérénités, brutalement brisées par l’événement suivant, semblent être l’histoire même. Car les événements, ce que nous apprenons par les dialogues remarquablement ciselés, ne nous font guère avancer dans l’anecdote. C’est un film sans histoire racontée, et sans fin certaine. Ce climat est particulièrement bien rendu par la façon de cadrer les
actions, les mouvements de caméra qui suivent de manière parfois spectaculaire, mais discrète, un visage vers un paysage immense, un mouvement imprévisible et pourtant toujours maintenu au centre de l’image. Un cadreur remarquable !
Pour soutenir l’intérêt de ce récit, il faut souligner la très belle prestation de Kacey Mottet Klein que nous avions vu dans Kee-per (193) Quand on a dix-sept ans (241) e.a., un acteur maintenant en pleine maturité, en pleine possession de ses moyens d’expression. Et ils sont nombreux et puissants. Sa mère, c’est Virginie Efi-ra, admirable comme chaque fois, mais ici, dans un rôle peu en ligne avec ce que nous connaissons d’elle. La voilà (très bonne) cavalière, parlant russe (parfois en off quand la phrase est un peu longue...) et faisant la gueule durant pratiquement tout le film. Un peu comme Bérénice Bejo dans L’économie du couple. Cette manière de diriger les actrices va devenir une signature. Ici Virginie Efira montre qu’elle n’a pas froid aux yeux, qu’elle sait hurler comme une possédée, qu’elle boit comme un pilier de bar et son maquillage (merci Kaatje) est sans pitié. Sa voix off à la toute fin du film est une sorte d’ouverture, enfin, vers son univers intime consigné secrètement dans son carnet tout au long du voyage. Les décors naturels, majestueux, sont supposés ceux du Kirghi-zistan. Ils ont été tournés au Maroc. Et il faut souligner aussi l’intérêt de l’utilisation de la musique. Baroque, elle semble en totale contradiction avec le récit, très en contraste avec l’univers musical du fils. Mais au fil du film, les choix s’imposent comme les échos de l’enjeu : retrouver le moyen de se fréquenter, rechercher une nouvelle harmonie. Pour continuer.