Nous vivons avec elle ces harassantes marches, ce sable qui se dérobe, cette mer sans cesse recommencée, bruyante. Et le vent. Puis un chien, blessé comme le fut son fils, dont la survie devient soudain expiatoire. Des hommes à nouveau, des contacts pleins de compassion.
J’ai aimé cette fenêtre qui, filmée de l’intérieur, est totalement blanche, rendant impossible la contemplation de la vie extérieure. Puis soudain, par un basculement de la conscience, un changement de diaphragme, le regard perçoit le monde.
Cette femme est un nouveau Robinson, un personnage qu’aurait aimé Michel Tournier.
Son univers est si bien rendu par ces couleurs désaturées qui donnent à voir la désespérance.
Et les troncs d’arbres brûlés, dressés vers le ciel comme d’ultimes potences, donnent à cet univers ce qu’il faut de péril.
Le choix fait par l’héroïne de rester cachée, couchée sur son chien sans répondre aux cris de ceux qui la cherchent, contraste avec son ultime rencontre sur la plage.
Le rôle du poisson, repoussé d’abord, découpé ensuite pour nourrir le chien, est une parabole si bien intégrée dans cet univers, frontière entre l’eau et le sable, entre le ciel et la terre, vrai carrefour de nos destins.
Tant de choses mériteraient d’être commentées, louées, mises en valeur par un commentaire ou une interrogation.
Ce qui prime tout, bien sûr, c’est cette femme «absolue», son chagrin et sa résurrection.
Ce moment si ambigu où son sang lui rappelle qu’elle n’est pas enceinte, qu’elle vivra chaque fois ce choc de l’absence, bouleverse, et je n’en connais pas de semblable au cinéma.
Lorsqu’elle va vers l’eau, le montage de sa progression continue et les plans successifs qui cadencent, comme un roulement de tambours, son avancée suicidaire donne une impression paroxystique de sa détermination.
Et soudain, elle se retourne, cherchant ce regard qui en fait ne l’a pas quitté, celui dont elle avait perdu conscience et dont nous sommes tous porteur. Ce regard qui est le premier lien entre les êtres. Va-t-elle s’y raccrocher à cet ultime moment où l’eau l’attend comme l’amnios des origines ?
Je veux le croire ainsi car cette femme est belle, fascinante et celui qui la regarde a encore beaucoup à faire avec elle.
Tant pourrait encore être dit sur ce qui fut fait déjà dans ce film, mais je n’ai qu’effleuré les impressions fortes qui resteront en moi de ce vaste poème symphonique.
Merci de l’avoir imaginé et mis en images. Bien à toi.