Ma conviction est faite : c’est un film pour midinette. Sujet accrocheur, comme chaque fois que la Cour d’Assise est le théâtre du drame qui se joue : va-t-on innocenter un criminel ou condamner un innocent ? Malheureusement le sujet inspiré d’un fait réel et resté à ce jour sans réponse, subit un traitement scénaristique qui ferait rougir de honte le moindre chroniqueur de tabloïd.
Rien n’est crédible dans le récit qui confie à une dame (jurée lors du 1er procès en assise) rien moins que les écoutes téléphoniques ! Plus absurde, plus invraisemblable, il n’y a pas au vestiaire des avocats. Les scènes au tribunal sont du mauvais théâtre, les séquences intercalaires sont mal dégrossies et absurdement caricaturales. Les rapports humains, essentiellement familiaux avec des enfants (celui de l’héroïne, ceux de l’accusé) sont d’un frustre qui les rend ridicules. L’accusé lui-même est réduit à une espèce de figurant qui s’ennuie. Bref, aucune réelle construction de personnages, si non celui de cette femme qui s’obstine, jusqu’à la folie, à essayer de résoudre un mystère qu’elle croit pouvoir dévoiler. C’est aussi absurde que ridicule. Et au centre de tout cela, l’avocat tonitruant et théâtral, notre Olivier tax shelter Gourmet. Comme son personnage est outrancier, hâbleur et colérique, on ne sait si c’est l’acteur insupportable, même en caleçon, qui ne peut faire autrement ou s’il y a une volonté, une direction artistique, qui nous
impose ce numéro de Jean-Louis Tixier-Vignancour de sous-pré-fecture.
Écoutez la plaidoirie de ce dernier, si vous n’avez pas le temps d’aller voir le film : https://www.youtube.com/watch?v=Y_eHs7aVdx4Car là, c’est du grand art pour une impossible cause. Rien à voir avec ce feuilleton de mauvaise série télé. Le nom que porte l’avocat n’est rien moins que Éric Dupond-Moretti, personnage réel, ayant plusieurs fois utilisé sa toge comme costume d’histrion.
Marina Foïs est magnifique, d’abord parce qu’elle surnage dans ce naufrage cinématographique, ce qui prouve que le talent survit, même dans la nuit la plus profonde. Reste à saluer les prises de vue dans le tribunal qui sont faites avec une virtuosité et un sens du reportage qui soutiennent heureusement ce scénario malheureux.
Il est possible de se laisser captiver par cette pseudo justice spectacle. Personnellement je ne suis pas très convaincu. Que le tax shelter soit à nouveau une source de financement pour un tel film n’est rien moins que de la provocation, même si l’on aperçoit le nom de quelques Belges, alibis.