Quel étrange et beau film. Par la qualité de son esthétique, par le talent des protagonistes et par l’intérêt qu’il y a à entrer dans l’intimité de la vie d’une famille afro-américaine. Rien que pour l’image d’un flic blanc raciste, le film mérite d’être vu. Car tout le destin de ce couple sera bouleversé par un témoignage mensonger appuyé par ce flic. A voir à l’écran.
La structure du déroulement chronologique est un peu en zigzag, mais cela permet de souligner, parfois lourdement, certains événements fondateurs de l’histoire qui se déroule dans ce quartier si particulier de Harlem, dans les années 1970. Il s’agit de l’adaptation d’un roman de James Baldwin dont vous souviendrez que, dans I am not your Negro (409) de Raoul Peck, il apparait plus que comme un inspirateur ! Ce film-ci se déroule dans cette rue éponyme d’un soldat héroïque mais inconnu, oublié. Une rue célèbre, du même nom, est à Memphis, et aurait vu naître bon nombre de grands jazzmen afro-américains.
Le réalisateur, Barry Jenkins, nous est connu déjà par Moonlight (358), Oscar du meilleur film en 2017, qui dépeint une ambiance lourde dans les back street, à Miami cette fois, une histoire très... noire, elle aussi.
Dans ce film-ci, il y a un petit côté Roméo et Juliette qui parfume à la fleur bleue un quotidien très sombre. La misère, l’artiste débutant sans moyen, la prison... Et ce qui singularise le film est le soin pris, parfois déroutant, à lui donner une esthétique appuyée. L’usage de la voix off, le travail sur les musiques, certains mouvements d’appareil qui sont vertigineux, qui nous rapprochent des belles comédies musicales (Allusion subliminale à West Side Sto-ry ?) Il est possible que ce maniérisme agace un peu, qui est au cinéma, ce que « être bien sapé « est à l’élégance. Un peu « trop ». Appréciez ce travail subtil sur la mise en scène, la construction du récit, le soin apporté aux styles des vêtements, des accessoires. Tout cela fait parler le sujet, et le film, qui a beaucoup à nous dire.