Voilà un film qui se mérite. LETO, en russe лето, c’est L’été, et sans doute cette saison est-elle choisie par analogie aux Printemps (de Prague, des Peuples, arabes, la révolutions des œillets au Portugal,...) ce moment étrange où l’histoire que l’on croit figée, se transforme sous la poussée d’événements insignifiants à leur origine, en une vague puissante qui va bouleverser la société toute entière.
Ce film, c’est un peu Woodstock dans des salons, plus ou moins clandestins, à Leningrad, où se réunissent une jeunesse russe qui fait de la musique de façon intolérable, pour nos oreilles, certes, mais surtout pour le régime politique. Ce n’est pas encore la Pe-restroïka.
Nous voilà entrainé dans une vie marginale, cachée, un peu réprimée par le pouvoir qui le perd, à suivre un groupe de jeunes musiciens des années 80 qui manifestent, comme ils le peuvent, leur désir de tout changer. Et comme chacun sait, les excès en tous genres font partie de ces vies invivables. L’action se déroule dans la ville bientôt rebaptisée Saint-Pétersbourg, mais l’on s’en fiche. Sauf que la plage n’est pas loin.
Ce début de la fin du communisme est bien rendu, par l’image déjà, volontairement « dégueulasse » un noir et blanc « pisseux » avec des interventions en couleur et du graphisme. Et c’est là que le film trouve, à mes yeux, son originalité, sa singularité : le style d’écriture particulièrement bien maîtrisé dans une espèce de déliquescence sociale envahissante. Le montage, les mouvements de caméra, l’ambiance décousue des scènes de plage notamment, tous ces moments où le troupeau s’ébroue, sont particulièrement
« bien vus ». Vous serez amusés aussi par la présence d’un ca-méraman qui semble filmer les actions et qui « légitimise » en quelque sorte leurs présentations ultérieures.
Il y a une dimension « biopic » due au récit de l’une des protagonistes, Natalia Naoumenko. Elle est mère et épouse, mais aussi l’égérie du jeune talent qui se joint au groupe. Comment dit-on
« bigame », lorsque c’est une femme qui est partagée par deux hommes ? Soit. Ce qui impressionne, c’est que tous ces talents, toute cette ardeur à vivre, n’ont pas empêché des morts précoces. Et nous revoilà dans les films « musicaux » qui glorifient des personnages devenus cultes. Ici, c’est dans une ambiance toute particulière, peu romantique...
Quelques références pour se cultiver au sujet de ce milieu et de cette époque : Viktor Tsoï est le chanteur-compositeur et cofon-dateur de Kino. Mike Naumenko était un musicien de rock et de blues-rock, auteur-compositeur et leader du groupe de rock Zoo-park.
Et il serait de mauvais goût d’oublier le sort du réalisateur, assigné à son domicile, sanction imposée avant même la finition de ce film, par une autorité politique qui, actuellement, décrète ses crétineries qui n’ont rien à envier à celles de ses prédécesseurs. L’été, il fait parfois glacial.