Donbass est le nom d’un territoire oublié du genre humain, partie de l’Ukraine, occupé par une milice pro-russe et de nombreuses fripouilles armées jusqu’aux dents. Nous sommes plongés dans ce lieu perdu, où la lisibilité même de l’appartenance à l’un ou l’autre camp est d’une grande confusion. Quoi de plus ressemblant à un militaire indéterminé, qu’un autre soldat mal vêtu. Seuls quelques personnalités émergent de ce magma gris, sale, boueux et enneigé. Ce qui nous permet de constater de visu la vie d’une maternité, la vie parlementaire (où une scène donne envie de la revoir souvent et en de nombreux parlements ; Le Gloupier a trouvé son maître !) la survie dans un abri insalubre, de partager des noces tonitruantes, mais aussi le quotidiens anxieux d’une population livrée à elle-même et au sadisme des maîtres momentanés, qu’un bombardement soudain, une explosion imprévue, réduisent à néant. Nous entrons dans ce vaste portrait d’une situation consternante, découpé en tableaux successifs, par le truchement d’un tournage cinématographique, une mise en scène à visée de propagande. Et nous quitterons le film avec les mêmes intervenants, mais dans un contexte radicalement différent. Le réalisateur, mathématicien de haut vol, traducteur du japonais vers le russe, cinéaste confirmé déjà, impose un style assez radical dans sa narration. Les scènes sont montrées de façon longue, délibérément détaillées, sans ces montages par gros plans qui créent artificiellement l’émotion ou le sensationnel. Ici, tout est fait pour que le spectateur ait le temps de voir et de réfléchir, ce qui parfois est un peu « appuyé » dans le rythme. Mais c’est aussi ce qui fait la personnalité très singulière d’une œuvre forte, nécessaire pour ce qu’elle dévoile et dont la terre entière se fiche comme de son premier pipi au lit. Alors qu’il préfigure ce que pourraient devenir tous ces territoires en proie à des tensions extrêmes, faites de nationalismes et de rivalités qui relèguent la vie humaine à un sous-produit de la voracité de certains.
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