Un très grand film qui restera une référence dans l’histoire du cinéma. Le sujet en est connu : un biopic de Dick Cheney qui fut vice-président de G. Bush jr. de 2001 à 2009. Donc partie prenante d’événements aussi marquants que le 9/11, la guerre en Irak, e.a. Déjà nous replonger dans cette époque est un bain de jouvence, ou une leçon d’histoire pour les plus jeunes.
Et ce biopic rencontre quelques-unes des conditions que je pense nécessaires à la réussite d’un film biographique : que le personnage central soit entouré de personnalités fortes, marquantes. Et il n’en manque pas ici. Que le personnage central soit mêlé à des événements majeurs, dans ce cas, liés à l’histoire très contemporaine. Que le scénario soit nourri avec des ingrédients très diversifiés, pas simplement le fil de l’histoire.
Et c’est là, qu’à mes yeux, ce film-ci est une immense réussite. Commençons par évoquer l’épouse. Chercher la femme qui est derrière l’homme célèbre, telle est bien la question à laquelle répond ici magnifiquement Amy Adams, absolument parfaite. Le rôle-titre est interprété par Christian Bale, une incroyable réincarnation, et sur une longue période, avec ce que cela nécessite de vieillissement, de prise de poids. C’est une spécialité de cet acteur qui a utilisé de nombreuses fois son corps comme un outil. Il nous avait fait forte impression dans Hostile (496). Le travail de maquillage et de coiffure sur ce film est stupéfiant ; et il ne se voit pas comme un artifice.
L’une des composantes du film, magistralement maîtrisée, est la structure non chronologique. Et cela n’empêche aucunement de comprendre chaque plan. Si la majeure partie d’entre eux sont la simple suite du récit, celui-ci est parsemé de séquences, parfois très courtes, qui sont des réminiscences, des flash-forward, des flash-back, des images mentales. Des archives aussi, parfois sans doute de fausses archives reconstituées. Et cela fait mouche à chaque fois, car la pertinence de cet espèce de « cubisme » cinématographique est rendu évident par les associations qu’il permet. A cela il faut ajouter la subtile voix off qui fait que le spectateur est pratiquement invité à participer activement à l’action. Soit parce qu’elle est commentée, soit parce que le spectateur est directement pris à parti.
Ajouter encore à ces ingrédients de style, un sens de l’humour très développé, que ce soit entre protagonistes, ou celui du point de vue du réalisateur. La symbolique est appelée aussi à comparaître dans ce qui semble devenir, petit à petit, un réquisitoire. Voyez les « mouches » de la pêche au lancer, les tasses empilées, tant d’autres sortes de métaphores dont chacun fera son miel.