Et contrairement à ce que l’on pourrait craindre, cela ne va pas si mal que cela. Nous sommes embarqués dans une histoire imposée par les Impôts : l’obligation de transférer le siège social d’une petite Agence en Communication (une boite de Pub pour parler simple) de Paris intra-muros vers La Courneuve. C’est un peu comme placer un lévrier afghan dans un chenil pour chiens bâtards.
Et c’est sommes toutes, assez amusant, car les scènes, courtes, bien rythmées, avec des échanges de répliques qui font mouche (des punchlines comme il faut dire maintenant), nous baladent dans un univers, certes caricaturé pour les besoins du film, mais qui font généralement rire. Et d’un rire bon-enfant parce que, malgré le risque de stigmatisation de cette population de « la couronne », les 93, les banlieusards, ceux de Saint-Denis, le scénario évite les dérapages outranciers, même si le ressort principal du film repose sur la confrontation entre ces deux cultures.
Ceux qui ont le plus à craindre de ce genre d’humour, ce sont les
« pubars » qui en prennent pour leur grade. Et c’est bien mérité. Si vous n’y avez jamais participé, allez voir comment se déroule un brainstorming, un débriefing, une présentation à l’annonceur, la célébration d’un contrat obtenu. C’est très bien rendu.
Le réalisateur est de « deuxième génération, issu de l’immigration » comme il convient de dire, intellectuel et prof d’unif, il a
« mouillé sa chemise » pour celles et ceux, qui, comme lui, ont été confrontés à cette ségrégation qui n’ose pas dire son nom. Et son film sent le vécu, mais avec la distance que l’humour donne et qui nous évite les prises de tête sur la stigmatisation, la bien
« pensense », et autres réactions de pisses-vinaigre qui vous embrouillent à la moindre caricature, accros du parler politiquement correct.
Si vous ne connaissez pas encore Sabrina Ouanazi, allez la découvrir ; vous ne l’oublierez plus.
Bref, si vous n’êtes pas crispés par le style un peu « sur joué » des acteurs, tous assez marrants, si le niveau très adolescent du scénario de vous semble pas débile, si vous acceptez qu’à la place de Georges Clooney, le cinéma français ne puisse offrir mieux que son clone, Gilles Lellouche, tout ira bien.
Sauf que vous découvrirez à la fin du générique, comme caché en tout petit, presque honteux (et il y a de quoi), sans panache, la participation du tax shelter belge dans un film qui n’a strictement rien à voir avec la Belgique, même s’il fait travailler Dame Blanche, société de travailleurs étrangers pas chers, sorte de version cinématographique du Plombier polonais.