Un couronnement ! Le genre « film historique anglais « à son firmament, une merveille de reconstitution, de récit et de cinéma à voir comme un opéra baroque, un musical de Broadway, une tragédie classique à la Comédie française. Du tout grand art, dans sa catégorie. Si vous l’aviez oublié, petit rappel : Mary est veuve sans descendance du roi de France, François II. Elle rentre avec armes et bagages en son royaume, l’Écosse, mais elle est catholique. A Londres, c’est Elizabeth Ière, l’anglicane, qui règne. Cela s’annonce mal, évidemment. Et l’on se souvient de la façon dont cela fini. Le superbe film Elizabeth de Shekhar Kapur, qui a fait connaître Cate Blanchett, nous avait déjà époustouflé.
Patrice Chéreau, venu du théâtre, comme la réalisatrice Josie Rourke, nous avait montré superbement, avec Isabelle Adjani, une sorte d’équivalent français, La Reine Margot. Ici tout le monde parle un anglais superbe, quelques phrases en français rappellent que c’est tout de même une (brève) reine de France qui va devoir s’imposer à sa voisine, certes, mais à son peuple aussi, excité par des prêcheurs barbus, en casquette, qui ne souffrent d’aucune comparaison avec leurs descendants enturbannés. Une fois encore, et de quelle sanglante façon, la démonstration est faite que les religions sont une peste terrible, plus redoutable que la petite vérole à laquelle l’on survit, vous le constaterez.
Il y a dans le film de nombreuses lignes narratives, les histoires dans l’Histoire, l’opposition entre les deux souveraines, parfois mise en scène comme en miroir, et une place importante faite à la vie sexuelle autour de la couronne.
Aucun voyeurisme, mais d’intéressantes réflexions sur les leviers du pouvoir et les ambitions qu’il attire.
C’est en cela, me semble-t-il, que le film est d’une grande modernité. Il semble de bon ton, dans la presse, de médire un peu du film ; le casting, les prises de liberté par rapport à l’histoire vraie, les comparaisons surtout avec tant de films ayant déjà traité du sujet de l’affrontement ces deux Reines, porteuses, malgré elles sans doute, de conceptions religieuses alors, inconciliables. Mary donnera naissance à Jacques qui succèdera à Elisabeth Ière, le premier donc des Stuart dont The Favourite de Yórgos Lánthimos
(584) nous montrait le règne de la dernière de cette branche.
Un parti pris esthétique intéressant est de faire baigner toute cette histoire dans une ambiance ambrée, dont les chevelures rousses sont de superbes points de mire. Toute l’élégance des ambiances lumineuses, des costumes, des maquillages, semble imprégnée par ce ton qui matérialise l’emprise de ces reines sur leurs sujets et les lieux de leurs règnes.
Ne vous laissez pas détourner par les médisants du plaisir que le cinéma vous offre, celui de voir et partager, superbement ici, les vies d’autrefois qui nous parlent des vies d’ici, et d’aujourd’hui, de royale façon.