Que c’est triste ! Découvrir deux comiques immortels approchant la fin de leurs carrières et la mort avec ce que cela suppose de perte de notoriété, d’ultimes efforts pour remplir les salles. Ce biopic est fait de nostalgie, la douleur est diffuse, le voyage médiocre, de salles clairsemées en hôtels de seconde zone. Ceux qui se souviennent de Singing in the rain retrouveront ici l’ambiance des grands studios, les trucages des débuts du cinéma, le producteur tyrannique, le réalisateur aux ordres, les techniciens très chevronnés, toute cette activité fourmillante qui amuse et éblouit dans le vertigineux premier et long plan du film. Mais très vite, ce sont des chambres d’hôtels médiocres, des dialogues un peu poussifs, deux hommes en bout de course qui occupent l’écran et même si nous assistons à un regain de faveur du public, il est plus compassionnel que sincère.
Loin de moi l’idée qu’il ne fallait pas faire un film triste avec d’inoubliables comiques, mais tout concourt à une espèce de distanciation due, selon moi, à un parti pris de la direction d’acteurs, inspirée certes par les deux héros, mais qui ne convainc guère, surtout lorsque leurs épouses interviennent d’une façon qui finit par être caricaturale, hystérique, et ridicule. Elles ne sont pas les seules, et doucement, malgré le soin des images, la bonne volonté et le talent des deux interprètes, la gêne gagne le spectateur et l’on s’en
va, attristé par ce mélange de déchéance et de manque de maîtrise à la rendre réellement touchante. Ce n’est pas drôle.
Ce qui console est évidemment l’extraordinaire réincarnation des deux acteurs de légende. Ils sont magnifiquement ressemblants et font leurs meilleurs efforts pour jouer les personnages qu’ils incarnent. Mais cet effort m’a semblé trop perceptible et démonstratif, comme manquant d’âme et de sincérité. Ce qui était tout de même la marque distinctive des originaux.