Le film est rude qui montre la carrière courte d’un fils de cycliste flamand, que l’on pourrait considérer comme typique de ce milieu, qui ne rêve qu’à une chose, que son fils occupe les places sur les podiums qui lui ont été inaccessibles. Le spectateur devient un fan du vélo, effaré par ce que le réalisateur a voulu (dé)montrer, et il le fait avec brio, et sans complaisance.
Il y a deux « époques » dans le film, celle de l’enfance, celle de la fin de l’adolescence et du début d’une carrière que les produits de dopage n’arrivera pas assoir de façon brillante. C’est à la déchéance, que l’avidité des managers provoque, que nous assistons en détails. Très loin des images glamour du Tour de France et des grandes classiques, à la gloire des surhommes, des héros des cols, des sprinteurs de lignes d’arrivées, des filous de la tactique des vélodromes.
C’est un film très captivant, sombre, parfois d’une violence virtuelle ou assumée physiquement qui met le spectateur un peu
chaos, comme s’il avait lui-même dû subir les coups de tous ordres qui jalonnent ce parcours, comme les hurlements déchaînés des supporters alignés le long des routes qui sont aux télévisions d’au-jourd’hui ce qu’étaient les Colisée des gladiateurs. Morituri te sa-lutant. Même si notre héros se prénomme Félix, cela ne rend pas heureux.
Le réalisateur a pratiqué ce milieu très frelaté et cela se sent, même si le film n’arrive pas à porter un regard distancié sur cet enfer. Il avait été largement évoqué, côté intraveineuse, dans Engel
(541) de Koen Mortier, que l’on retrouve ici comme producteur. La bande sonore du film est intéressante à écouter, pas seulement pour le patois qui obligent à sous-titrer la langue flamande, mais aussi pour le bruit que font les musiques choisies pour leur très démonstrative expression des tensions qui jalonnent cette course à l’abîme. Un film courageux qui s’attaque à un mythe adulé, celui de la petite reine, nommé ainsi sans que l’on ne sache trop pourquoi. Ici, pas de couronnement, son règne est ravageur, à s’encourir !