Ce titre sibyllin désigne le récit d’une liaison ravageuse vécue par Casanova, en Angleterre, pour une jeune femme qui ne lui céda point.
C’est lui qui en fait le récit en débutant et clôturant le film. Vincent Lindon incarne le héros ; c’est un peu comme demander au diable de jouer l’ange. Mais il ne s’en sort pas mal et les acteurs anglais qui l’entourent sont très savoureux. Les actrices, elles, se savourent. Dans une espèce de lascive volupté des chairs fraîches.
L’ambiance générale est très convenue et nous rapproche de Barry Lyndon, jusque dans le traitement photographique à la chandelle de Christophe Beaucarne qui réussit là un exercice de haute voltige. Créer une ambiance crépusculaire, qui est celle de cette fin de vie du héros. Mais le résultat m’a donné l’impression désolée de voir du Nicolas Poussin délavé qui auraient changé les costumes antiques par de superbes robes fin XVIIIe. Robes dont nous apprenons comment en dénouer les lacets les plus protecteurs des vertus.
Il ne m’a guère semblé que ce film contribue en quoi que ce soit aux réflexions façon \#MeToo, mais qu’au contraire, il se com-plait dans une description désuète et surannée d’un temps où les dames s’offraient, contre monnaie sonnante et trébuchante, à la
convoitise des mâles désœuvrés. C’est un peu l’univers de boudoir de ce réalisateur dont j’avais commenté Eva (490) en fulminant déjà, comme c’est encore le cas ici, sur le fait que le tax shelter interviennent dans ce type de film qui n’ont rien de belge, même si cela paye quelques techniciens de chez nous. Le journal d’une femme de chambre (120) avait déjà été commenté par moi d’une façon, qui, à la relecture, confirme une grande continuité dans l’œuvre pourtant abondante de ce réalisateur.
Son style de mise en scène est amusant à observer, cela occupe un peu le spectateur pour tromper l’ennui dû à la répétition, la prévisibilité des séquences qui s’enchaînent de canapés en méridiennes, de carrosses en lits à baldaquin.
Le film compte de nombreux plans longs, immobiles parfois, permettant de faire du minutage sous le couvert d’un style d’écriture affirmé. A vous de juger. Et d’apprécier le plaisir de retrouver la très talentueuse Stacy Martin, croisée déjà dans Le Redoutable
(434) et All the Money in the World (461). L’on ne peut évoquer Les Liaisons dangereuses sans que ne souffre, par comparaison, cette production-ci qui ne manque pas de mérite, mais peut-être d’un peu de souffle.