C’est ça le cinéma : restituer un moment d’exception, ici avec un tact, une émotion contenue, un sens de la « vérité » de la vie quotidienne qui fait de ce film une pure merveille. Nous sommes immergés dans une vie de famille on ne peut plus ordinaire, mais au moment où l’épouse, mère des deux filles, quitte doucement le domicile conjugal. C’est comme cela et le mari soutient cette démarche, même s’il en souffre terriblement. Les deux filles qui restent chez elles, avec le père, vivent très différemment les choses.
Voilà, allez-y, partagez cette tranche de vie qui est montrée de façon en tous points, admirable. Personne n’est « beau », il n’y a aucun luxe, c’est la vie, et les décors sont remarquables de naturel. (Le contraire même de ceux de Mon Bébé (629). Vous serez sensibles à la grande habileté du cadreur, certes parce que la caméra bouge bien, qu’elle est au bon endroit à chaque moment, mais surtout parce que le choix des focales, souvent longues, permettent de percevoir les expressions, de partager la psychologie de chacun d’une façon à la foi discrète et pleine d’empathie. Les musiques, souvent inattendues, ajoutent beaucoup à ce sentiment de déchirement et d’amour mélangés.
Bouli Lanners est absolument magistral, d’une simplicité, d’un naturel, d’une évidence à chaque moment, qui forcent l’admiration. Il est particulièrement bien aidé par ses deux filles qui jouent avec un naturel remarquable, une spontanéité qui laisse pantois. La réalisatrice avait coréalisé déjà Party Girl (055) qui se singularisait par ce côté si naturel des protagonistes filmés avec tant de tact.
Ce film-ci traite du rôle central du père célibataire très présent dans d’autres films, Nos batailles (548) par exemple, et du moment de la séparation des parents, comme dans Mon Bébé (629) ou Jusqu’à la garde (479) parmi d’autres. Comme il convient dans les films français, le dialogue est parfois inaudible ; hélas, car il est de très bonne qualité, naturel, une fois encore. Vous serez sensibles aux choix musicaux, à la place de la danse et de la chorégraphie, mais aussi à cet engagement, comme dans des groupes de paroles, à participer à l’élaboration d’un spectacle. Toutes ces choses ajoutent subtilement une dimension, non rationnelle, à la narration. Et en ouvre les perspectives au-delà du simple récit d’une tranche de vie. La seule irritation vient de retrouver, timidement, au générique Scope et l’argent belge du tax shelter qui sert à nouveau un film spécifiquement français.