Ce titre n’est pas l’acronyme d’un vaccin, ni d’un chanteur de rap comme The Notorious B.I.G, mais les initiales de la célèbre juge américaine à la Cour suprême, RUTH BADER GINSBURG qui a fait l’objet du biopic On the basis of sex (Une femme d’exception) réalisé par Mimi Leder (620) et qui, dans RBG, est le sujet même d’un remarquable film documentaire.
Ce film utilise de façon très rigoureuse et linéaire les codes du récit biographique d’une personne vivante.
Après une brève introduction permettant de prendre la mesure du personnage que l’on va découvrir de façon chronologique, le recours aux images (photos et films amateurs), aux témoignages, aux images d’archives et d’illustration et aux confidences de RBG, permettent de construire un récit absolument captivant. Il l’est à plusieurs titres. Déjà le récit de cette vie, peu ordinaire, d’une femme, d’une épouse, d’une mère, d’une professionnelle qui trace son sillon sans désemparer, surmontant épreuves et revers avec une détermination sans faille, suffirait à rendre admiratif.
Mais elle s’est attachée à un destin qui la dépasse et rejaillit sur la civilisation toute entière, celui de combattre les inégalités entre femmes et hommes, partout où la loi l’exprime, de façon souvent insidieuse.
Le propos du film est de dérouler devant nous cette vie, en alternant, en mélangeant d’une façon qui ne permet plus de les distinguer, un destin historique et un quotidien si familier. Ce qu’une scène symbolise à mes yeux de façon charmante, celle durant laquelle RBG présente sa garde-robe professionnelle, en nuançant le sens de chacun des cols de ses toges qui permettent d’exprimer adhésion ou réprobation des sentences que la Cour va rendre. Ce petit bout de femme, qui s’échine à faire du sport en salle, ne lâche rien et son combat contre Trump, l’imposteur, lui vaut une célébrité de rock star, au soir d’une vie passée sur la crête du combat de la libération des minorités, et d’abord celle de la majorité : les femmes.
Un problème difficile à maîtriser a été celui de l’impossibilité de filmer les séances à la Cour, si bien mises en scène dans le biopic. Dans le documentaire, il y a des images un peu répétitives des lieux, vides, où résonnent les voix des juges, elles, légalement enregistrées et diffusables. De ce subterfuge se dégage, à mes yeux, une sorte de pouvoir immanent, celui qu’exprime la Justice, sorte de pinacle de la pensée.
Il me parait certain que la comparaison entre le documentaire et le biopic va devenir un exercice obligé pour tout qui veut étudier le cinématographe. Bon amusement, car la matière est particulièrement riche.