La cinématographie allemande plonge dans son passé. Brillamment. La vie des autres et Werk ohne Autor (602),*Ballon (624), Bye-bye Germany (483), Der Hauptmann (500) en sont les témoins sur cette douloureuse route de l’introspection. Vous vous souviendrez de l’admirable Labyrinth of lies (127) ou de Le Pont des espions (183) sur un sujet proche, et j’en oublie et en ignore certainement. Une grande cinématographie dans la veine historique. Fritz Bauer, un héros allemand (232) avait déjà montré l’ampleur du talent de ce réalisateur, Lars Kraume.
Le sujet de ce film-ci est à nouveau authentique qui conte l’histoire d’une classe qui, en 1956, décide de commettre un acte de provocation, qu’à nos yeux aujourd’hui, nous considérerions comme une petite plaisanterie d’adolescents qui se politisent. Il n’en fut pas de même à l’époque, en RDA où l’affaire fit scandale.
Tout le film décrit, par une riche série de situations, les épreuves morales auxquelles cette génération issue de la guerre à peine terminée, est confrontée en Allemagne de l’Est, au moment de la révolte en Hongrie, si durement réprimée par l’URSS. Il faut rappeler que cette insurrection fit 200.000 morts et 160.000 exilés vers l’Ouest. Alors aujourd’hui, de quels migrants parle-t-on que l’on ne pourrait pas accueillir ?
Rappel historique donc, mais au-delà, les questions essentielles de la vie en société sont montrées dans une phase aiguë qui ne laissera personne indifférent, et que les jeunes du même âge que ces ados seraient bien inspirés de venir voir par classes entières. Les enjeux ne sont pas ceux du Cercle des poètes disparus, loin s’en faut.
La reconstitution de l’époque est parfaitement réussie, costumes, coiffures, décors, accessoires, extérieurs, tout concourt à nous plonger dans cette époque pas si lointaine où le Traité de Yalta et Le Pacte de Varsovie subissaient les premiers chocs de la part de ceux qui ne les supportaient déjà plus.
Le titre du film est bêtement mal traduit : il ne s’agit pas d’une révolution silencieuse, mais d’une classe silencieuse. Ce qui donne une idée beaucoup plus riche du lieu où se noue l’intrigue, et son motif.
Les valeurs humaines qui sont mises à l’épreuve du récit, les filiations en Allemagne au lendemain de la guerre, la psychologie de ces jeunes dans l’année du bac, les parents hyper autoritaires, reflets de l’époque où ils furent élevés, et de celle dans laquelle ils essayent de survivre, tout cela interpelle le public avec vigueur, une belle originalité et un sens du récit qui font merveille. Ne restez pas silencieux devant cette rare réussite dans sa catégorie.