Le film est attachant et aurait pu gagner à être connu. Le début est éblouissant, très rapide, court, et conte l’histoire du début de ce couple d’une façon originale qui mérite, à elle seule, d’aller voir le film. On comprend toute l’histoire qui va, en accéléré, de ce
« boy meets girl » classique qui, après un très long générique, fait de ces deux êtres attachants, un couple en butte aux difficultés de la vie adulte à deux.
Lui est devenu un écrivain célèbre, spécialisé dans les récits de fiction, d’anticipation, qui fait comprendre que le héros pose des choix déterminants qui disposent de la vie d’autrui.
Puis survient le « moment divergeant » ce stade du récit où la cohérence chronologique échappe à l’un des protagonistes, immergé dans une « histoire alternative » qu’il observe, subit mais ne maîtrise pas. Ce qui le rend profondément mal à l’aise, malheureux, vous verrez pourquoi. Cette seconde partie du récit est parfois amusante, mais trop tirée par les cheveux, à mon goût, pour être bien réussie. Cela s’appelle une « uchronie » pour parler chic, et les scénaristes n’ont pas réussi leur coup. C’est dommage car l’idée est amusante, et nous vaut de nombreuses scènes rigolotes. Mais peu cohérentes, très artificiellement construites, aux issues très arbitraires, qui échappent à la raison, sans raison, en tous cas perceptible par moi qui suis peut-être trop rationnel.
Le réalisateur est le petit-fils de l’acteur célèbre Daniel Gelin et de Danièle Delorme, et le fils du pas célèbre producteur Xavier,
qui joua e.a. dans le long métrage Ras le Bol de Michel Huisman en 1972. Il a produit des films très nombreux, par sa société, nommée... Hugo Films. Hugo, le fils donc, réalise Comme des frères, est très actif dans le milieu de la production puis réalise son deuxième film : Demain tout commence (341) que j’avais qualifié du
« tout à l’égout du cinéma français ». Mon inconnue est heureusement d’une autre facture. En partie grâce à son actrice principale, Joséphine Japy, qui fut France Gall dans le biopic Cloclo puis elle fut très remarquée dans Respire (035) une comédie légère. Cette jeune femme, très prometteuse, réussit à donner à croire qu’elle est la pianiste talentueuse qu’elle incarne avec brio. Le plaisir de (re)voir après Celle que vous croyez (600) et Le chant du loup (614), François Civil qui est l’étoile montante de sa génération est aussi une bonne raison d’aller voir ce film. Il y a une pointe de prétention dans ce projet, avec des tentatives esthétisantes, malgré bien des aspects sympathiques, et cela sent trop le « construit » pour être fluide, naturel. Et l’envie de faire du cinéma alliant comédie romantique et « fantastique » ne garantit pas un résultat fantastique, hélas.
La coproduction belge semble avoir donné l’occasion de faire travailler quelques industries techniques grâce au tax shelter, une fois encore, au service du cinéma hexagonal qui siphonne l’argent qui ne sert en rien le cinéma belge traité comme simple sous-trai-tant.