Il faut se résoudre parfois à ne rien comprendre à certains films. C’est ici, pour moi, l’exemple parfait d’un récit, certes soigné, constellé de bonnes intentions, abouti sur le plan formel, avec un certain style, mais qui me semble parfaitement abscons.
Pourtant cela ne commençait pas mal : un jeune homme arrive à Paris et s’installe mystérieusement dans un appartement totalement vide. Lorsqu’il prend son bain, son maigre bagage lui est volé, on ne sait par qui, et voilà notre héros, nu comme un verre, frigorifié dans sa baignoire. Il y a un peu de Delacroix dans cette image du corps nu dans un bain. Puis, lorsque sans que l’on ne comprenne pourquoi ni comment, un couple de voisins vient sauver cet homme que l’on pense mort de froid, c’est une sorte de descente de croix à laquelle on assiste. Puis la résurrection. Cela pourrait faire un bon début. Hélas, l’histoire se déroule de logements foireux (un vrai galetas) en déambulations dans Paris, de rencontres improbables avec quelques barbouzes israéliennes, sans que l’on ne puisse comprendre si notre héros est le bienvenu ou l’ennemi, il y a des séquences consacrées à sa vie antérieure comme soldat israélien d’un état qualifié de « perdu ». Bien entendu, un peu de sexe vient pimenter son parcours qu’il consacre aussi à des cours « d’intégration à la citoyenneté ». Une séquence effroyable d’agressivité vis-à-vis d’un orchestre durant l’entracte, une scène de pornographie masculine (pour une fois !) totalement hystérique et infantile... La caméra suit cela avec une attention soutenue, mais un style qui fait penser à une mouche dans un bocal : elle va dans tous les sens, des plans de courses en rue, totalement instables, flous et mal cadrés, jusqu’à des mouvements d’appareil très « léchés » qui n’apportent que l’ennui tant ils paraissent insignifiants.
Alors, comme on s’ennuie ferme, on peut réfléchir à la tentative de matérialiser l’impossibilité de voir son avenir ou à la puissance divine, en refusant de lever le regard ; le sol occupe une place importante dans le film... On peut deviner la détestation de cet homme pour ses origines ; juives, israéliennes ? Et son désir de devenir français, au prix même d’un mariage arrangé. La frénésie de l’apprentissage de la langue (et de ses synonymes) la confrontation avec son voisin, écrivain, utilisateur du français, mais manifestement de peu de talent. Tout cela vous est jeté aux yeux, devrait provoquer l’extase cérébrale. Personnellement, je suis resté totalement extérieur à ce bocal pour batraciens et poissons dont les codes ne m’ont fait aucun effet. Ce qui n’a pas été le cas au Festival de Berlin où le film a été couronné comme Meilleur film, l’Ours d’Or ! Alors, pour lui rendre justice, lisez : https://next.liberation.fr/cinema/2019/03/26/synonymes-le-meme-moi-non-plus_1717592[cinema/2019/03/26/synonymes-le-meme-moi-non-plus_1717592](https://next.liberation.fr/cinema/2019/03/26/synonymes-le-meme-moi-non-plus_1717592)
Ce type d’article critique est saisissant car il exprime tout ce que voit le journaliste, mais qui n’est qu’un choix, une sorte de Ror-schach cinématographique, une réappropriation d’images, de scènes, de paroles, que j’ai ressenties comme stockées dans un débarras par un cinéphile en proie à ses angoisses existentielles, d’identité nationale et sexuelle.
Bref, à voir pour pouvoir se disputer avec ses amis, les pour, les contre, les courageux surtout. Et prêts à ce que les portes restent définitivement fermées.