Les frères Dardenne, ce ne sont pas les frères Taloche, chacun le sait ! Mais si l’on accepte qu’un film ne soit pas seulement un moyen de distraction, un spectacle futile, celui-ci restera un exemple parfait de ce qui peut se faire de mieux pour réfléchir et ressentir un sujet grave, celui de l’emprise délétère des religions sur l’esprit de jeunes adolescents.
Il importe peu que ce soit l’islam cette fois, car toutes les religions du livre ont eu leur époque funeste d’intoxication. Et c’est loin d’être fini, car c’est la radicalité qui est en cause, la soumission aux dogmes imbéciles sur lesquels s’appuient les esprits faibles pour se créer une existence. Nous suivons un jeune belge issu d’un père (décédé) d’origine arabe et qui va très tôt être sous l’emprise d’un imam qui pourrait être de carnaval s’il n’était très malfaisant. Le film de Mahmoud Ben Mahmoud Fatwa (608) s’intéressait à la famille d’un radicalisé. Ici, à l’inverse, nous suivons au plus près ce jeune qui se radicalise au point de tenter un acte gravissime qui lui vaudra l’internement en IPPJ (Institutions publiques de protection de la jeunesse). Toute la richesse du film, et elle est considérable, tient en la diversité et en la subtilité des interactions avec les personnes qui croisent se jeune Ahmed dans son parcours de
repentance et de tentative de rédemption. Sa mère d’abord, son frère, sa sœur, sa professeure qui est confrontée, dans une réunion de classe, à la diversité des approches de la chose apparemment la plus simple du monde : l’apprentissage de la langue arabe. Les contacts de ce jeune replié sur lui-même et ce qu’il a la naïveté de nommer « sa foi «, sont un véritable kaléidoscope qui permet au spectateur de réfléchir à l’extrême complexité qu’il y a dans la volonté laïque de faire prévaloir les valeurs qui fondent les droits de l’homme, celle de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Les choses sont infiniment plus complexes et le film montre bien que l’entêtement est une voie séduisante pour les esprits faibles. Jusqu’à ce que un événement « immanent « diraient peut-être les philosophes, réoriente... radicalement le destin de ce tout jeune homme confronté soudain au pardon.
Vous découvrirez cette événement éminemment symbolique qui donne un signe ambigu et fertile à la fin du récit. Ce film devra être programmé dans toutes les écoles, car ce sujet est au cœur même de l’enseignement, de la transmission et de l’ouverture aux autres, au respect de l’altérité. Un film qui fait grandir.