Le film aurait pu être parfait, un petit neveu d’Amélie Poulain. Il se déroule essentiellement à Paris, dans les quartiers aux escaliers montmartrois, dans les ruelles sinueuses de Belleville, là où loge sous les toits, une comédienne belge qui, à 35 ans, n’a pas encore connu la consécration. Le film raconte la décision radicale prise par cette actrice, vendeuse chez Darty pour manger, et n’ayant qu’un spot de pub comme référence. Cela nous vaut des scènes de casting, de tournage, de cours de théâtre absolument parfaites, de cruauté, de vérité et de désespoir. Tellement réalistes !
Beaucoup de comédiens peu vus montrent leurs grands talents, la richesse de ce monde qui galère pour exister dans une cinématographie formatée. Ce film a une singularité, un style d’écriture, une personnalité qui le distingue immédiatement des productions françaises les plus courantes. L’usage du noir et blanc, ponctuellement, des cadres partagés, une forme d’humour noir, un peu de cinéma muet, mais aussi plein de tendresse, un début en animation, des scènes que Tati n’aurait pas dédaignées, tout cela amuse, attendrit et fait penser que Woody Allen est l’ami de la famille. La
musique contribue pour beaucoup à nous immerger dans des ambiances, des univers très joliment « croqués » sans que jamais l’on ne s’appesantisse. Parfois l’on se pose la question de la nécessité de certaines de ces séquences, telles celles tournées avec Andréa Ferréol, par ailleurs très amusantes. Et pourtant, si les ingrédients sont raffinés, le menu appétissant, le repas est un peu lourd, essentiellement, à mes yeux, à cause d’un manque de rythme, plutôt même, de crescendo, dans la construction de l’histoire qui, parfois traîne un peu la patte, se répète.
Il faut rappeler, une fois encore, qu’une bonne idée et une bonne histoire n’accouchent pas facilement d’un bon scénario ; le travail manque sans doute ici sur le traitement spécifiquement cinématographique qui fait passer des scènes écrites à une architecture visuelle générale harmonieuse et singulière.
La Belgique a réellement partie liée à cette production et l’intervention du tax shelter semble particulièrement légitime.