Exceptionnel. Un film sans récit, sans histoire structurée, sans
« chapitre » et qui vous tient en haleine dès la première image. Le spectateur comprend que l’on va prendre son temps, regarder, écouter, entendre et observer, avec respect, des destins croisés. A Bruxelles. Nous sommes invités par le réalisateur, à la rencontre d’une série de personnes « ordinaires » mais représentatives de cette ville multiculturelle, sans prétention, mais avec une singulière capacité d’accueil, d’empathie. Nous allons partager un moment avec une soignante, un réfugié, une famille, une interprète italienne, des migrants Gare du Nord ou au parc Maximilien, un médecin, qui, lui, sera une sorte de point de rencontre... Nous allons voir des parties de leurs journées, sans liens apparents entre elles. Les langues parlées sont multiples, illustrant, incarnant la diversité. La caméra se fera observatrice, caressante, discrète. Et petit à petit les mini-récits, les moments juxtaposés, les réminiscences des attentats qui ont traumatisé la ville et qui sont encore perceptibles, tout cela va contribuer à ce portrait en réponse à ce que Trump a qualifié, avec une vulgaire ignorance, de « trou de l’enfer ».
La graphie du titre au générique est singulière qui est écrite sans le O : HELLH LE. Les cadrages et les mouvements d’appareil témoignent aussi d’un regard, d’un sens de la construction quasi
« musicale » de l’architecture du film.
Ce genre de film qui est, à mes yeux, l’illustration même de l’incroyable richesse potentielle que le cinéma permet à celles et ceux qui s’en emparent avec un point de vue non formaté, et un sujet qui sort de l’ordinaire. Comment convaincre les producteurs avec un scénario aussi peu explicite, prévisible... ?
Et le dernier plan du film est, en lui-même un grand et beau mystère. Un vaste travelling circulaire qui nous fait observer ce qui mérite d’être médité par ce qu’il symbolise. A découvrir à l’écran. Et vous y trouverez peut-être là l’image du « trou de l’enfer ».