Un film sur une initiation, celle d’un très jeune ado, par des ados plus faisandés, et pas nécessairement des enfants de cœur. Des enfants qui ont sans doute été élevés sans cœur par des parents aux abonnés absents. Notre héros est le petit chéri d’une mère célibataire, très gentille, classique, et le souffre-douleur d’un grand frère complètement abruti, interprété par l’excellent acteur Lu-cas Hedges vu déjà dans Ben is Back (590), Three Bilboards (466), Manchester by the Sea (352), e.a.
L’histoire est linéaire qui montre ce jeune gosse petit à petit intégré dans une bande de gamins de rue, fadas du skateboard. Le héros, Sunny Suljic, est un acteur exceptionnel ; il avait brillé déjà dans The Killing of a Sacred Deer (447).
Le film est magnifiquement interprété, très bien rythmé, et si l’évolution de ces relations est prévisible, au moins leur illustration ne manque-t-elle pas de dynamisme.
Nous sommes à la fin du siècle dernier à Los Angeles, lieu de naissance du réalisateur qui y a vécu à l’âge du personnage dépeint dans le film. La très riche bande sonore nous immerge dans la nostalgie de ce qui est devenu des standards. Pour accentuer l’époque, le format choisi est de 4/3 et le film a été tourné en 16 mm ce qui lui donne un grain qui fait « époque ». Il y a un sympathique ado qui filme sans arrêt. Le résultat de ses prises de vues sera apprécié. Voilà, c’est un film à voir si l’on aime ce genre d’ambiance, si l’on veut s’imprégner de cette mentalité de jeunes coqs qui doivent s’affirmer dans ces espèces de combats toutes griffes dehors et de parades nuptiales, mêlés.
La maîtrise parfaite du scénario fait de brèves scènes, la reconstitution d’une époque pas si lointaine, le regard porté finement sur ces ados en mal de vivre, tout cela fait un film très réaliste qui touche essentiellement parce que ces enfants pourraient être les nôtres.