Catherine Deneuve dans un film de Téchiné, voilà qui prédispose à une œuvrette franchouillarde très formatée. Eh bien, détrom-pez-vous, le film est tout à fait étonnant et vous tiendra en haleine jusqu’à son terme.
Catherine Deneuve gère un grand domaine agricole et équestre, dans le Sud-Ouest, près de la mer.
Sa fille est décédée en plongée, laissant un fils qui vient rendre visite à sa grand-mère. Retrouvailles difficiles, mais affectueuses. La copine, d’origine nord-africaine, charmante, jouera un rôle déterminant dans le parcours de ce jeune homme en colère. La suite à l’écran, car sa découverte progressive contribue, pour beaucoup, à révéler l’intérêt du film qui est exposé avec tact, réserve, sans simplisme mais aussi avec franchise. Le spectateur doit quitter son confort de public venant à la recherche d’une charmante histoire qui se déroule entre floraison des cerisiers et cueillettes de
leurs fruits. Nous sommes, une nouvelles fois, au cœur du mystère du recrutement pour le Jihad et sommes fascinés par l’incroyable emprise que la religion, ici particulièrement dogmatique et archaïque, peut avoir sur les esprits de jeunes élevés dans une Europe bourgeoise et confortable. Que cherchent ces « combattants » ? Les Cow Boys (182) avait été nourri déjà de cette problématique, comme Sur la route d’Istanbul (263) et d’autres, tels Fatwa (608) et Le Jeune Ahmed (650). Le réalisateur avait dirigé déjà Kacey Mottet-Klein dans Quand on a 17 ans (241) et cet acteur est ici, absolument formidable, d’une force intérieure qui met mal à l’aise. Sa partenaire, Oulaya Amamra est remarquable aussi par son jeu plein de nuances, de finesse et de charme. Il sera sans doute de bon ton de dire que le film est conventionnel, superficiel. C’est sans doute les réactions à la volonté de montrer l’inexplicable, ce qui nous laissera à jamais à l’extérieur du cheminement qu’entreprennent des jeunes absolument sans problèmes apparents. C’est L’Adieu à la Vie ou Retour à la Nuit.