Parfaite illustration que ma méthode « tout ignorer du film » apporte de superbes surprises. La première sans doute est l’usage de l’anglais entre Gauguin et Van Gogh. Nous voilà plongés au cœur de la biographie de cet artiste aux tournesols qui, une nouvelle fois, inspire un réalisateur. Mais avec quelle vigueur, quelle transposition par l’image de cinéma qui rend de façon spectaculaire ce qui compose l’art de Vincent Van Gogh : des lumières, des tonalités, des mouvements, des flous, d’épaisses masses colorées, tout cela est, dans certains moments du film, palpable sur l’écran.
Ajoutez à cela une vigoureuse reconstitution de l’époque, des paysages d’une grande beauté, et vous comprendrez le charme qui fait succomber les spectateurs. D’autant que les acteurs sont tous étonnants, que les décors intérieurs m’ont parus très justes qui restituent l’époque sans concession. Une mention particulière pour les costumes et les accessoires, pour le travail, toujours si difficile à rendre, des pinceaux en action. La caméra est tenue
« sous le nez » des acteurs et sa mobilité fait que d’un un bref mouvement, l’on passe d’un cadre en plan serré à une scène en plan large. C’est très spectaculaire, même si à certains moments on trouve le procédé un peu répétitif. Mais il est fort ! Comme la musique qui « frappe » les oreilles à l’instar des images qui frappent le regard.
Le réalisateur est lui-même peintre à succès et son talent se partage entre le cinéma et l’art plastique. Il est évident dans le film, que cette connaissance intime de la peinture contribue à donner des accents de vérité au travail de Van Gogh. Willem Dafoe incarne le peintre d’une façon que j’ai ressentie comme remarquable. Le titre et l’affiche du film me semblent de graves erreurs qui ne vont pas attirer le public d’un tel film, passionnant, sur l’histoire de la peinture, et de l’un de ses plus mythiques représentant, ici, remarquablement dépeint.