Petite remarque amusante au sujet des films 661, 662 et 663 : tous montrent un tournage dans l’histoire du film.
Ce film d’un grand maître du cinématographe est une sorte de festin visuel, émotionnel et esthétique. Le personnage central (portrait du réalisateur ?) souffre au propre et au figuré. Arrivé dans la maturité un peu désœuvrée, confronté à ses souvenirs et à ses douleurs, il nous invite à cheminer avec lui d’une façon très subjective, suivant des chronologies qui s’entremêlent, et un arbitraire apparemment total dans les enchaînements de séquences. Sans doute comme nos pensées, lorsqu’elles vagabondent. Bien entendu, petit à petit, le spectateur rapproche les éléments épars comme lorsque apparaît l’image, invisible d’abord, du puzzle qui se constitue sous vos yeux, issue des méandres de la mémoire mais aussi des échanges, des conversations, des hallucinations que provoquent les drogues licites ou non.
Une des jolies choses du film est de voir Pénélope Cruz à son âge de jeune mère d’un petit gamin, et son personnage, c’est une autre actrice, en vieille dame au soir de sa vie.
Le film plaira à celles et ceux qui goûtent la complexité non élucidée des émotions que provoquent grandeur et décadence, repli sur soi et tentative de rencontre avec le monde. C’est admirablement joué, la musique est d’une délicate pertinence, la photographie est élégante.
Il ne manque qu’un peu d’émotion sincère, de rigueur dans la narration, pour que le film soit une balise sur le chemin de nos vies que l’âge assombrit inéluctablement. Le prix d’interprétation masculine attribué à Cannes à l’acteur principal, Antonio Banderas, sera la gloire qui adoucira la douleur d’une Palme d’Or qui a encore échappée au réalisateur.