Sibyllin. Et pourtant le sujet semble limpide : une psychanalyste se met à écrire « le » roman qu’elle porte en elle. Et pour l’y aider, elle phagocyte une patiente en grand désarroi. Nous comprendrons à la fin du film pourquoi le désarroi de cette jeune femme lie profondément ces deux personnes, meurtries par la vie. L’emboîtement des séquences, les éléments biographiques de Sibyl, révélés comme au poker menteur, tout cela crée une espèce de confusion, un entrelacs de pistes et fausses pistes, images réelles ou fantasmées, qui rendent le spectateur témoin d’événements, de douleurs auxquels il n’a pas accès, et la compréhension, la nécessaire empathie pour ces deux femmes souffrent un peu de ce qui me paraît être à la psychanalyse ce que le cubisme est à la nature morte.
La première scène est remarquable durant laquelle un éditeur, directeur artistique sans doute, donneur de leçon patenté en tous cas, se livre à une logorrhée sublimement savoureuse. La metteure en scène du film (dans le film) qui est un des éléments centraux de l’action est absolument parfaite de drôlerie (involontaire) mais si bien écrite, mise en scène et interprétée admirablement par Sandra Hüller. La voracité sexuelle est au centre du récit et illustrée de façon très vive. Victoria (312) de la même réalisatrice, m’avait fait la même impression de grand fouillis narratif, arbitraire, avec, pour les rôles d’enfants, un traitement scénaristique famélique, hélas. Ce film-ci, avec la même brillante Virginie Efira est plus dense, moins « beaux quartiers ».
Il y a des douleurs poignantes, des moments de mise en scène très habilement menés et interprétés. Mais il me semble que le spectateur reste un peu à la lisière de ce volcan psychanalytique. Et une fois de plus l’intervention du tax shelter est sans aucune visibilité à l’écran ; ah ! oui, j’ai remarqué le Studio L’Équipe pour le bruitage... On aurait bien fait d’y mixer les voix qui, comme cela semble fréquent dans le cinéma français, sont trop souvent inintelligibles, ce qui est gênant dans un film basé sur les dialogues...