C’est le titre d’une des chansons. Homme fusée pourrait-on dire en français, astronaute en quelque sorte, ou, plus trivialement, l’équivalent de Homme-Obus. Pas dans le sens de munition explosive et destructrice, mais de numéro de cirque. Quoi que ces deux acceptions puissent convenir au destin de Elton John, le sujet de ce biopic qui a tant impressionné Cannes en mai, et celui-là même qui y est incarné. Car il n’est pas fréquent que la personne faisant l’objet d’un film qui évoque sa vie soit encore là pour le voir. Il fut même à l’initiative du scénario et accepta que ses chansons soient retravaillées et réenregistrées pour le film. Comme je ne connais strictement rien à la vie de cette immense vedette de variété qui a déchaîné les commentaires sur ses frasques, ses extravagances et ses excès en tous genres, je ne dirai rien de ce qui concerne le difficile travail de scénario qui consiste à sélectionner les moments signifiants, et qui « tiennent » en 2 heures.
Et ces 2 heures passent très vite car le film est remarquablement rythmé, très riche en anecdotes, en informations, en reconstitutions et, si l’on excepte une redite un peu longuette (voyez si vous la ressentirez aussi) le film va d’un train d’enfer. Il est remarquable en particulier par les époques évoquées. Et surtout par les moments de ballets, de comédies musicales, comme si Stanley Donen ou Vincente Minnelli revenaient rendre hommage à cet artiste immense. Même s’il fallut 12 semaines pour réaliser un seul plan séquence... Ce qui contribue aussi à glorifier l’artiste, ce sont les frais de toilettes qui ont été consentis pour l’habiller, et le fournir en lunettes.
Personnellement j’ai été très séduit par l’excellent casting, pour le rôle titulaire adulte, mais aussi les gosses qui l’incarnent dans sa douloureuse jeunesse. Et tant d’autres acteurs qui sont parfaits.
Je ne peux m’empêcher de rêver à un exercice qui serait à faire, en utilisant tous ces films récents qui se nourrissent de la vie tortueuse de grandes vedettes de la chanson. Il consisterait à comparer les scènes « obligées » de ce type de récit.
Relations parents/enfant - Modestie du milieu social d’origine - Premières prestations remarquées - Confrontations avec les méchants managers imbéciles et voraces - amitiés qui traverseront le temps - Amours incompatibles avec la gloire - consécrations publiques - Puis tentations de toutes sortes, alcool, drogues, médicaments - Enfin, rédemption ou descente aux enfers.
Qui va se lancer dans ces juxtapositions des séquences similaires dans les films de ce type ?
Amy (139) Django (404) Whitney (538) Bohemian Rhapsody (557) A Star is Born (562) Leto (607) et pour les plus anciens, Bird, Ray, Gainsbourg, I’m not there, Edith,...
Et dans un style plus historique : Tous les matins du Monde, Amadeus, Ludwig van B.
Dexter Fletcher a une longue carrière d’acteur derrière lui, commencée très jeune et avec un passage alcool/drogue qui a failli l’anéantir ; il a contribué à la réalisation de... Bohemian Rhapsody (557).
Tous ces films ont en commun de montrer que les plus hauts sommets de la gloire, s’ils s’atteignent par les versants de l’adret, ils ne peuvent exister sans l’ubac et ses glaciales tragédies.