Au nom du père, du (beau) fils et du (malsaint) esprit.
Le cinéma danois n’est pas fréquent sur nos écrans, mais chaque fois, me semble-t-il, très marquant : Lars von Trier, dans plusieurs films, Le destin de Babette de Gabriel Axel, Thomas Vinterberg (*Jagten 025 - Kollektivet 255 - Kursk 559) e.a. prouvent qu’un petit pays peut générer une très grande cinématographie. Prenons-en de la graine.
Ici, l’histoire inventée et mise en scène par une femme - ce n’est pas insignifiant - est simple : une famille recomposée semble ronronner. L’épouse s’occupe de violence sur des enfants, elle est mère de deux jeunes filles, délicieusement interprétées. Lui est toubib, trop occupé, et père d’un fils issu d’un premier mariage. La relation père/fils est difficile. Le fils vient les rejoindre dans leur maison et perturber la gentille famille.
Le trouble est essentiellement lié au désir charnel pour son beau-fils, qui naît chez la belle-mère et va être joyeusement assumé sous nos yeux. Il s’en suivra une terrible partie de mensonges et de rejets qui fait passer le film à un niveau rare de tension psychologique intrafamiliale.
Comme c’est admirablement écrit et interprété, très fermement mis en scène, malgré certaines longueurs, le film se reçoit un peu comme une sorte de mise en garde : il y a, en chacun de nous, un démon qui sommeille.
Et il est permis de s’intéresser à cette propension de cinéastes femmes de montrer, je dirais même d’exhiber la jouissance qu’une femme peut connaître avec son corps lorsqu’elle est pleinement actrice, pour ne pas dire créatrice de son plaisir. Pensez à Sybil (662) très récemment. Est-ce une voie nouvelle de l’expression des suffragettes post Weinstein ? Cela nous réserve de belles séquences à venir, sans doute.
Ici, la Reine des Cœurs est une Clytemnestre moderne, fascinante, interprétée par Trine Dyrholm, exceptionnelle.