Ce film est une pépite rare, un régal.
Agnès Varda est une sorte de bouddha du cinématographe qui a occupé une place centrale et singulière durant près de 60 ans, dans le paysage européen en tous cas. Depuis Cléo de 5 à 7 qui avait eu l’audace d’un récit pratiquement sans ellipse, inoubliable en partie à cause de la coiffure de Corinne Marchand, jusqu’à ses derniers opus (*Les Glaneurs et la Glaneuse, Les plages d’Agnès, Visages, villages (418) parmi tant d’autres) Agnès Varda s’est construite, avec une rare intelligence, un monde de cinéma qui n’est qu’à elle, certes un peu narcissique, mais tellement subtil et fin qu’on lui pardonne tout.
Son influence était considérable lorsqu’il fallait adouber de nouveaux talents, les frères Dardenne en savent quelque chose.
Ce dernier film qu’elle a mené à bien, peu avant sa disparition, est comme un Tombeau, ces textes, ces musiques, célébrant un défunt célèbre. Une sorte de selfie animé, mais d’une simplicité et d’une profondeur de propos tenus dans une langue très dépouillée, d’une belle élégance. D’une « cinécriture » singulière, pour prendre son terme subtile, le film est construit comme une causerie faite par Agnès Varda dans différents lieux, mais dans une parfaite continuité, avec une profusion de citations, d’interventions, d’extraits, de montages ingénieux, un jaillissement de ce que le cinéma peut créer de plus intelligent, jusqu’aux « installations » surprenantes et d’une grande finesse qui nous sont dévoilées avec beaucoup de subtilité.
Agnès Varda n’aimait pas que l’on catégorise des artistes de « l’art plastique », elle préférait parler « d’artistes visuels ». Et elle en fut une immense. Elle disait, au soir de sa vie, que ses films sont entourés d’affection. Certes, mais aussi d’une estime et d’un gratitude immense pour son apport incomparable à l’art du cinéma et de la photographie. Un grand maître, comme on le disait des peintres qu’elle aimait tant.