So long, c’est le moins que l’on puisse dire pour un film lent, contemplatif, d’une durée de 3 heures et dont le récit est structuré de façon très complexe, difficile à suivre dans chaque détail. Avec ce handicap anatomique qui fait que les acteurs, comme les actrices, se ressemblent de façon d’autant plus troublante que l’histoire se déroule sur 20 ans, dans la Chine encore Maoïste, très arriérée à nos yeux, pauvre, sale et misérable. Suivre donc le destin de chacun sur une aussi longue période n’est pas exempt de risque de confusion. C’est le récit de « l’enfant unique », principe édicté par Deng Xiaoping. Et toutes les variantes de cas de pa-rentalité sont évoqués, pas seulement le fils unique, la préférence d’un fils sur une fille, la grossesse « de trop », l’avortement imposé, l’enfant adultérin et naturellement, l’enfant mort et l’enfant adopté.
L’écriture cinématographique est très personnelle : plans longs, larges, peu mobiles, de véritables tableaux comme ceux de Millet, même si ce film se déroule à l’époque industrielle. Une image sans soleil, sans ombre donc, sans contre-jour, ce qui la rend un peu grisâtre, plate, comme une aquarelle composée de demi-teintes dans les tons froids.
Dans une Chine imposant strictement un seul enfant par famille, nous découvrons la complexité cruelle de cette règle. Les familles se rapprochent pour que leurs enfants nouent une sorte de fratrie, les grossesses non contingentées sont vécues comme de vrais drames. Et c’est l’histoire de familles profondément bouleversées par le décès d’un enfant unique qui sera le fil conducteur de ce récit, plein d’émotions subtiles, plein de non-dits, avec des dialogues très compendieux et des répliques échangées avec une lenteur de convalescent.
Les scènes qui donnent à voir la vie de cette lointaine contrée à une époque maintenant révolue, sont d’un grand intérêt, quasi documentaire. Ce n’est pas un film Kung-fu, vous l’aurez deviné. Avant ou, si vous en avez l’audace, après seulement, je vous invite à lire cet article : http://www.slate.fr/story/179082/cinema-critique-chine-so-long-my-son-wang-xiaoshua dû à Jean-Michel Frodon, qui écrit généralement des choses remarquables sur le cinéma et qui connait particulièrement le cinéma chinois.
Et ce film, à n’en pas douter, va provoquer une querelle des dévots, entre celles et ceux qui se pâmeront avec sincérité ou par affectation, et ceux qui resteront courbaturés après une vision assommante qui les laissera de marbre, voire abrutis d’ennui. Et je me permets de suggérer la relecture de Moutains may depart (221) ou de Ash is Purest (622) de Zhangke Jia, car il y a une certaine analogie, me semble-t-il, entre ces deux œuvres et le film de Wang Xiaoshuai.