Un sujet rude, douloureux : une jeune et belle femme a été vitriolée par le père de leur charmante gosse. Comment survivre, revivre après un tel drame ? C’est ce que ce film suggère en suivant le parcours sans joie d’une personne en souffrance permanente. La maman de cette femme défigurée fait tout ce qu’elle peut, et pour elle aussi, c’est terrible. Nous sommes immergés dans une ambiance de gens un peu égarés, genre boîte de nuit, pas très structurés.
Et trouver son chemin là-dedans, malgré les amitiés sincères, ce n’est pas chose facile, nous le verrons de scène en scène. Comment vivre ses envies sexuelles lorsque aucun partenaire ne peut être envisagé ? Nous le découvrirons avec émotion et pudeur. Mais ce n’est vraiment pas joyeux. Une nouvelle manifestation de la revendication de son droit au plaisir par une femme, la réalisatrice comme l’actrice qui est une vraie femme défigurée : ce n’est pas du maquillage. La recherche, au Maroc, d’une clinique de chirurgie esthétique est un moment très poignant.
Les musiques, les lumières, les séquences qui s’enchaînent, tout concourt avec talent à exprimer l’intériorité de ce drame. Sans pathos, sans exhibitionnisme. Juste avec une immense empathie.
L’image de Ruben Impens impressionne. Parce qu’elle n’est pas belle, elle est ingrate mais tellement à propos. Vous vous souvenez de son talent de chef opérateur pour les films de Félix Van Groeningen e.a. : The Broken Circle Breakdown (087), Belgica (226), Beautiful Boy (564), et Raw (381) de Julia Ducournau. Un artiste belge majeur qui justifie à lui seul la coproduction avec le VAF et l’intervention du tax shelter dans cette aventure néerlando-an-glo-irlando-belge.
C’est un cinéma exigeant, qui nous parle de drames vécus au-jourd’hui, en grand nombre, mais cachés comme le seront ces visages qui fascinent mais qui sont irregardables car ils nous ramènent de mille façons à nous-mêmes.
Nous savions que Dieu est sale dans les immenses drames de l’humanité ; il l’est tout autant dans ce drame qui nous touche chacun, intimement, en laissant de profondes cicatrices dans nos mémoires.