Un peu à l’eau de rose. Mais très réussi, un beau portrait d’une jeune fille depuis sa sortie de prison jusqu’à l’accomplissement de son rêve. Très jeune, elle a eu deux enfants entièrement pris en charge par leur grand-mère attentive et aimante, une femme modeste, crucifiée par le comportement de sa fille que nous suivrons durant tout le film.
Son ambition est de devenir une chanteuse country reconnue, adulée à Nashville, porte incontournable, croit-elle, de la gloire. Les événements se succèdent, les scènes permettant à la jeune actrice d’exprimer son talent, sa rage et son tempérament ponctuent, nourrissent bien le film et l’on s’attache à cette femme malgré ses singularités, son caractère, malgré son passé peu conventionnel. L’actrice, Jessie Buckley, irlandaise, a été formée comme chanteuse et a déjà un beau début de carrière dans des séries télé, essentiellement. À n’en pas douter, ce rôle de Rose-Lynn (vous comprenez le titre du film maintenant) sera pour elle un tournant majeur : elle est très impressionnante. Sa mère est magnifiquement interprétée par Julie Walters qui avait été très remarquée
e.a. comme professeur de danse de Billy Elliot. Ce duo va incarner quelques moments d’un réel drame, celui, déchirant, de la maman dévorée par une passion qui lui fait négliger ses propres enfants.
Pour le réalisateur, Tom Harper qui a œuvré surtout dans les films de télévision, ce film-ci, produit en 2018, sera certainement une étape importante car il a une densité, un style fort. Voyez comment les cadres en très courtes focales donnent une image à la fois dynamique et étriquée qui convient aux lieux exigus des modestes logements de Glasgow, mais aussi à la tension véhémente de certaines confrontations. Et appréciez, par l’accent surtout, la localisation en Écosse de cette intrigue dans un milieu qui n’est pas sans rappeler ceux de Ken Loach.
La musique est évidemment centrale dans ce film et les amateurs de country vont s’en mettre plein les oreilles, et ceux qui l’approcheront de façon plus attentive n’auront qu’à s’en réjouir, avec l’aide des musiciens qui sont tous des personnages incroyables. Un regret : que les textes chantés ne soient pas sous-titrés. Cela aiderait certainement à l’adhésion, à l’empathie, que le personnage suscite.