Le Gant d’or est le nom d’un bistrot, façon assommoir glauquis-sime, que nous découvrons au début des années 70 à Hambourg. L’un des habitués sera le personnage central dont nous suivrons les comportements de malade mental, d’alcoolique violent et de grave pervers sexuel. Ça vous intéresse ? Sans doute pas ; ça vous concerne ? Sans doute un peu, car il y a une certaine fascination à observer, comme des anthropologues, la vie d’une personne à ce point ravagée par ses perversités. Et qui fait subir à d’autres, des femmes, des violences inimaginables, d’une rare sauvagerie.
Alors, pour qualifier le film, on hésite entre « sublime et abject »
« extraordinaire et répugnant » « d’un talent exceptionnellement maîtrisé et d’une veulerie à vomir ».
Car c’est tout à la fois. L’acteur principal d’abord, crée un personnage qui devrait être oscarisé : il est à chaque instant, dans chaque plan, soufflant de réalisme et de monstruosité. Les femmes qui sont ses victimes successives relèguent les personnages de Fellini au rang de midinette pour catwalk. Et la figuration, enracinée dans le bistrot, est un vrai zoo humain qui compte e.a. un honorable successeur du capitaine von Rauffenstein incarné magistralement par Eric Von Stroheim dans La Grande Illusion, mais ici, version IIIe Reich après la défaite.
Le parti pris des plans longs ajoute à la contemplation médusée de la folie assassine, et le dernier plan du film n’aurait pas été renié par Orson Wells. Un chef d’œuvre de virtuosité et d’à-propos.
Bien entendu tout cela est gore, violent mais tellement maîtrisé, justifié par l’intention du récit qui n’est rien moins que de faire ressentir, de l’intérieur, la folie alcoolisée d’un pervers sexuel. Et croyez-moi, vous en aurez pour votre argent. Et si vous avez encore l’envie d’écouter les crooners allemands de l’époque, vous apprécierez la version de Adamo dans Mes mains sur tes hanches (Vous permettez, Monsieur) qui, en allemand Gestatten sie, monsieur ? est aussi appropriée sous l’angle de l’humour noir, que dans le style « recyclage pour troupes d’occupation ».
Un article, qui dévoile un peu trop de chose, me semble être un bon résumé, une bonne mise en ambiance, pour celles et ceux qui ne souhaitent pas passer deux heures à voir ce biopic disons, manquant de fraîcheur : https://www.telerama.fr/cinema/a-la-berlinale,-fatih-akin-invite-le-gore-tres,-tres-crade,n6127123.php
A une époque où le mot « féminicide » est sur toutes les bouches, il n’est pas incongru de s’immerger dans ce que cela recouvre de réalité, sordide, violente, abjecte.
Vous voilà prévenus : à ne pas choisir pour une soirée en amoureux, ce film n’est pas un prélude à l’amour.