La Trêve. Natale. Car nous sommes, cette fois, en Italie. Un film de genre, très dense, qui ne vous lâche pas une seconde. Genre policier d’épouvante, ce que l’on nomme un thriller, un film qui fait frémir. Nous sommes dans un petit village, enfermé au fond d’une vallée dans le Haut Adige. C’est l’hiver, et l’on s’apprête à fêter Noël. Une jeune gosse disparaît. Le milieu est hyper-catholique, genre secte illuminée. Trois hommes seront les pivots du récit structu-ré comme un immense flash-back. Mais avec les fausses pistes qui égarent le public comme il l’espère dans ce type d’histoire qui consiste à essayer d’entrer dans le cerveau malade d’un assassin ; peut-être même d’un assassin en série, qui sait ?
Car évidemment toute la subtilité du scénario consiste à balader le spectateur d’une hypothèse à l’autre pour élucider ce tragique mystère. C’est très bien fait, très bien structuré, avec un recours systématique aux indices, comme une espèce de jeu de Cluedo. La faiblesse de la construction est le recours trop fréquent, dans la seconde partie, à des images que le spectateur ne peut identifier comme réelles ou fantasmées. Mais cela contribue au « style « du suspens. Même si l’on se sent un peu perdu, incertain de la logique de l’histoire et de la véracité des séquences qui se juxtaposent sans que l’on ne sache vraiment si c’est une hypothèse ou l’histoire réelle. La confusion est augmentée aussi par la présence manipulée d’une presse de caniveau qui joue un rôle intéressant dans la construction du suspens.
Et lorsque, enfin, dans les dernières minutes du film, la vraie vérité est révélée, elle semble tout de même un peu tirée par les cheveux (Vous verrez que c’est un jeu de mot !).
Bref, un très bon film pour se laisser distraire. Les acteurs sont excellents, les amateurs de Jean Reno seront comblés. La musique est d’une remarquable richesse, qui accompagne intimement l’évolution complexe du récit, avec toutes les astuces instrumen-tales, rythmiques et les sonorités qui concourent à soutenir puissamment l’ambiance et la tension qui ne cesse d’augmenter. Mais c’est sans doute le travail de l’image qui distingue particulièrement le film. Ambiance de nuit, souvent en contre-jours très affirmés, avec des lumières diffusées par le brouillard comme l’indique le titre du film, une caméra généralement « basse « et qui semble ramper vers les lieux, les gens, comme un serpent le ferait avant de s’emparer de sa proie.
Le réalisateur est juriste, spécialisé dans les meurtres en série, qui lui ont inspiré des romans à succès, puis la réalisation de téléfilms. Ce film-ci a été présenté en France, à la télévision, en salle en Belgique, deux ans après sa réalisation. Ne vous privez pas de ce spectacle distrayant, il est raffiné et ne risque pas de vous provoquer de cauchemars.